Mandela un simple intermède, pas le plus emblématique de l’Afrique du Sud actuelle

Mark Steyn sur Mandela :

S’il n’est pas certain que Nelson Mandela ait été la figure emblématique de la nouvelle Afrique du Sud, son service commémoratif le fut certainement. On a ainsi appris quelques jours plus tard que Thamsanqa Jantjie, l’aimable et hilarant faux interprète en langage des signes qui se tenait aux côtés du président Obama et qui gesticulait absurdement à la grande joie de tous était en fait un personnage bien plus sombre. Un violent schizophrène accusé par le passé de cambriolage, de viol, d’enlèvement et d’assassinat, il a également fait partie d’une bande qui administrait le « supplice du pneu », ce supplice qui consiste à mettre un pneu autour du cou d’une victime et à y mettre le feu avec de l’essence.

Néanmoins, M. Jantjie illustrait bien l’aspect chaotique des services de sécurité du gouvernement sud-africain. [De nombreux chroniqueurs se sont penchés sur Mandela, pour la majorité de ceux-ci il était un grand homme.] La vérité c’est que beaucoup de choses ne fonctionnent tout simplement plus en Afrique du Sud. Tout aussi éloquent que le passé criminel et violent de M. Jantjie, le fait que le procureur général sud-africain ne peut affirmer de manière sûre de quelles infractions M. Jantjie a été reconnu coupable et pour le seul crime pour lequel il semble définitivement avoir été condamné, si, en fait, il a purgé sa peine.

Les premiers ministres du Commonwealth en 1944,
Churchill au milieu. Jan Smuts, debout en uniforme.
Mackenzie King du Canada, assis à gauche.
 

Avant les funérailles de Mandela, le dernier enterrement sud-africain à avoir attiré autant l’attention internationale fut celui du maréchal Smuts, le plus célèbre fils de l’Afrique du Sud de la période pré-apartheid et le seul homme à avoir signé un traité mettant fin à la Première Guerre mondiale et celui mettant fin à la Seconde Guerre mondiale. C’est un homme d’État désormais oublié, mais il fut longtemps le seul Sud-Africain à avoir sa statue sur la place du Parlement à Westminster jusqu’à ce qu’on y place une statue de Mandela. Ses funérailles en 1950 ont attiré un nombre comparable de spectateurs, peut-être même supérieur, à ceux de Soweto. Smuts aurait été étonné par le chaos et par l’indiscipline qui accompagnèrent l’adieu fait à Mandela soixante ans plus tard. Il aurait tenu pour acquis que l’Afrique du Sud était une nation développée du « premier monde », du même rang que les autres dominions comme le Canada et l’Australie. Ce qui sépare ces deux enterrements est, d’un côté, un progrès racial et, sur tous les autres plans, un déclin rapide.

Depuis les années 1990, l’espérance de vie a chuté en Afrique du Sud pour revenir au niveau des années Jan Smuts. L’Afrique du Sud est devenue la capitale mondiale des assassinats, avec près de 50 homicides par jour. Dans une enquête de 2011, une femme sur trois avait affirmé qu’elle avait été violée l’année précédente. L’actuel président de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma, a été accusé d’avoir violé une femme séropositive, mais il a répondu qu’il avait pris une douche juste après pour « réduire le risque de contracter la maladie ». C’est l’un des traitements auto-administrés les plus rationnels. Les compatriotes de M. Zuma pensent généralement qu’avoir des relations sexuelles avec une vierge vous guérit du SIDA. Étant donné la raréfaction des vierges sur le terrain, cette croyance a conduit à une épidémie de viols d’enfants avec des victimes parfois âgées d’à peine huit mois.

Modeste maison de Jan Smuts (sans protection spéciale) à Doornkloof près de Prétoria

Bien sûr, on ne peut blâmer Mandela pour tout cela, ni même la plupart de cela. Dans un sens, sa présidence montre bien les limites de la théorie du grand homme dans l’histoire. Son prédécesseur, F.W. De Klerk, dernier président blanc d’Afrique du Sud, était aussi un grand et généreux homme qui a compris que le régime qu’il avait servi toute sa vie ne pouvait durer. Pourtant, avec le recul des années, il me semble que la camaraderie entre De Klerk et Mandela symbolise moins la nouvelle Afrique du Sud que leurs épouses respectives. Marike De Klerk finira assassinée ; Winnie Mandela pour sa part organisera de multiples assassinats — ou, en tout cas, c’est ce que la Commission Vérité et Réconciliation déterminera. Aucun de ces rôles n’est habituel pour une première dame américaine, pas plus qu’ils ne l’auraient été à l’époque de Smuts. Mme De Klerk a été poignardée et étranglée en 2001 par une domestique — juste un de ces 50 meurtres par jour, sans motif, rien n’a été volé. Elle a été tuée parce que c’est juste comme cela en Afrique du Sud aujourd’hui.

Maison de Mandela à Houghton près de Johannesbourg
(avec la sécurité nécessaire aujourd’hui.)

À la nouvelle de sa mort, Winnie Mandela s’est exclamée : « En tant que femme, je peux m’identifier à l’épuisement de ses ressources émotionnelles dans l’élaboration de la carrière de son ex-mari. » C’est une façon de voir les choses. Mme Mandela a fait face à son propre épuisement émotionnel en s’assurant que ses gardes du corps enlèvent Stompie Moeketsi, âgé de 14 ans, parce qu’elle le soupçonnait d’être un informateur. Ses sbires l’égorgèrent ensuite et jetèrent sa dépouille en rase campagne. Sa contribution la plus célèbre au dictionnaire des citations est une défense du « supplice du pneu » dont nous avons déjà parlé, torture infligée à d’autres noirs : « Nous libérerons ce pays avec nos boîtes d’allumettes et nos pneus ».

En fin de compte, elle n’en a jamais eu le temps. La guerre froide prit fin, Moscou était trop distrait par ses problèmes intérieurs pour penser à subvertir l’Afrique du Sud comme il l’avait fait ailleurs en Afrique. Et puis, Mandela était courtois, digne et satisfait de poursuivre lui et l’ANC la politique de capitalisme de copinage de l’ancien Parti national. Voilà vingt ans que l’Afrique du Sud actuelle vit du capital accumulé lors de son passé raciste, alors même que tous les indicateurs sociaux plongent inexorablement et qu’un cinquième de la population blanche a fui.

Vaste propriété de Jacob Zuma, le président actuel, à Nkandla avec clôtures multiples.

Jan Smuts et Nelson Mandela ne se sont rencontrés qu’une fois, quand le général est venu au collège où étudiait de Mandela pour défendre la cause de la Grande-Bretagne dans la guerre qui l’opposait à l’Allemagne. Smuts avait combattu pendant la guerre des Boers contre la Grande-Bretagne. Lui et ses camarades s’étaient farouchement accrochés à leur identité [d’Afrikaners/de Boers] pendant l’anglicisation forcée qui avait suivi leur défaite militaire. Ils seraient bien étonnés de voir à quelle vitesse une des plus tenaces cultures au monde [celle des Afrikaners] a pu être balayée [l’afrikaans est menacé en Afrique du Sud, voir ici et . Pour des raisons de cohésion sociale, certains — et non des moindres — revendiquent que l’école ne se fasse plus qu’en anglais]. La présidence bénigne de Mandela des années 1990 ressemble à un simple intermède. L’Afrique du Sud se désintègre et ce qui en reste ne prend en rien un bon chemin.

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Les langues en Afrique du Sud depuis 1994

La place des langues en Afrique du Sud depuis 1994



Contraintes et libertés

La diversité linguistique en

Afrique du Sud

depuis 1994


Sommaire

Introduction. 5

I – Les minorités linguistiques. 5

A – Brève histoire linguistique de l’Afrique du Sud. 5

1- Avant l’apartheid. 5

2- Politique linguistique sous l’apartheid. 6

3- Négociations avant 1994, de Klerk. 7

B – Démographie sud-africaine. 7

1- Groupes ethniques d’Afrique du Sud. 7

2- Langues et ethnies. 8

3- Démographie africaine. 9

C – Les droits linguistiques dans la Constitution. 10

D – Droit linguistique en éducation. 10

II – Des droits à la réalité sur le terrain. 11

A– Les langues khoïsanes. 11

a– Les langues khoïsanes dans la Constitution. 11

b– Devise en |Xam.. 11

c – Quel espoir pour les langues du groupe khoïsan ?. 12

B- Les langues bantoues. 12

a- Désintérêt. 12

b- Administrations provinciales. 12

c- Quelques succès symboliques dans le monde des affaires. 13

d – Le cas du zoulou. 13

e – L’éducation, le problème de l’hégémonie de l’anglais. 14

f – La défense des langues bantoues. 16

C – L’afrikaans. 16

a –  La situation démographique de l’afrikaans. 17

1 – Importance démographique. 17

2 – Émigration. 17

3 – Natalité insuffisante. 19

4 – Immigration importante qui dilue l’importance des afrikaanophones. 19

5 – Assimilation linguistique. 19

b – La place de l’afrikaans. 20

1 – Langue parlementaire et juridique. 20

2 – L’afrikaans dans l’administration. 20

3 – L’afrikaans dans les entreprises publiques. 22

4 –L’afrikaans au travail et dans les affaires. 22

5 – L’afrikaans langue d’enseignement. 22

6 – L’affichage en afrikaans. 25

7- Les médias et la culture populaire en afrikaans. 26

8 – Le recul de l’afrikaans en Afrique australe. 27

9 – L’afrikaans disparaîtra-t-il ?. 27

D- Constitution multilingue pour pays de plus en plus unilingue. 28

a –Un arc-en-ciel de plus en plus monochrome ?. 28

b –La décision du juge Ben du Plessis. 29

c –Réticences, mondialisation et prestige de l’anglais. 29

Conclusion. 30

Bibliographie. 31

NOTES. 32


Introduction

En 1990, à la suite de la libération de Mandela, un régime de transition multiracial a préparé une nouvelle constitution et les premières élections multiraciales en 1994. Jusqu’en 1990, le gouvernement avait été entre les mains de la minorité blanche qui avait instauré un régime discriminatoire : l’apartheid, mot qui désignait à l’origine la politique de développement séparé des différentes ethnies et races de l’Afrique du Sud. Cette politique fondée sur la race a été condamnée par la communauté internationale et a mené à la mise au ban graduelle de l’Afrique du Sud à partir des années soixante jusqu’à la prise du pouvoir par le Congrès national africain (ANC), parti de Nelson Mandela, en 1994.

La nouvelle Constitution de 1996 accorde aux principales langues, au nombre de onze au total, le statut de langue officielle, ce qui en fait l’une des constitutions les plus généreuses du monde en matière linguistique. Notre problématique tournera donc autour de ce sujet : comment se concrétise sur le terrain l’engagement pris par le gouvernement sud-africain de considérer comme d’égale valeur les onze langues officielles sud-africaines ? Certaines de ces langues sont-elles mieux traitées, d’autres paient-elles le prix de cette multiplicité ?

I – Les minorités linguistiques

A – Brève histoire linguistique de l’Afrique du Sud

1- Avant l’apartheid

Différents peuples ont envahi l’Afrique australe à travers son histoire. Parmi les peuples qui sont présents aujourd’hui dans cette région, il faut retenir les Khoïsans, les Bantous, les Néerlandais et les Anglais.

Les premiers habitants de l’Afrique australe seraient les peuples khoïsans : les Hottentots (ils se nomment Khoï) et les Bochimans (San[1]). À partir du VIe siècle de notre ère, des tribus bantoues descendent du Zimbabwe, puis lentement longent la côte de l’Océan Indien. Elles arrivent ainsi au Kwazulu-Natal au milieu du XIe siècle. En 1652, les Néerlandais établissent une colonie au Cap de Bonne Espérance où vivent des peuplades hottentotes. Les Hollandais se heurtent aux Xhosas, la tribu bantoue la plus septentrionale, à la fin du XVIIIe siècle dans la région du Cap oriental.

Les Anglais s’emparent définitivement de la colonie du Cap en 1806. En 1822, le néerlandais y perd son statut de langue officielle dans les tribunaux et les services gouvernementaux. En 1828, l’anglais devient la seule langue officielle des affaires administratives et religieuses. Le hollandais redevient langue officielle dans les républiques du Transvaal et de l’État libre d’Orange fondées par des colons hollandais au cours du XIXe siècle. En 1902, à la suite de leur victoire lors de la Seconde Guerre des Boers[2], les Anglais prennent possession de deux républiques « rebelles », ils les unissent en 1910 à leurs colonies du Cap et du Natal pour fonder l’Afrique du Sud moderne. L’anglais et le néerlandais (remplacé en 1925 par l’afrikaans) sont les deux seules langues officielles du nouveau pays.

2- Politique linguistique sous l’apartheid

En 1948, le parti blanc au pouvoir instaure le régime de l’apartheid, c’est-à-dire de la séparation entre les races dans l’espoir pour les nationalistes afrikaners de préserver leur langue et leur identité. La ségrégation et la discrimination contre les noirs ne commencent pas avec l’instauration de l’apartheid. Elles existaient déjà depuis longtemps et étaient même soutenues par les syndicats blancs qui voyaient dans la masse noire une concurrence déloyale. C’est ainsi que d’importantes restrictions à l’emploi des Noirs furent instaurées après que des troubles sanglants éclatèrent en 1922 lors desquels 10 000 mineurs blancs attaquèrent les bâtiments publics de Johannesbourg. La loi martiale fut décrétée, on tira sur la foule et 214 ouvriers blancs périrent[3]. L’apartheid systématisa cette discrimination et la justifia par la volonté de séparer les populations et créer des États-Nations noirs, seule solution pour le Parti national à la survie des Blancs et des Afrikaners en Afrique du Sud. À l’époque, la population blanche constituait un peu plus de 20 % de la population sud-africaine. Les deux langues officielles étaient l’anglais et l’afrikaans. Le gouvernement de l’époque, bien qu’il ne fût pas démocratique, respectait ce bilinguisme partout.  Dans les foyers nationaux « bantous », les bantoustans, la Constitution (article 108, paragraphe 3[4]) prévoyait l’utilisation d’une ou plusieurs langues bantoues comme langues officielles supplémentaires.

La carte ci-dessus permet de situer les différents bantoustans, appelés « homelands » en anglais, où les Noirs représentaient plus de 90 % de la population. Quatre de ces bantoustans jouissaient d’une indépendance nominale, à savoir le Bophuthatswana, le Ciskei, et le Transkei et le Venda. Le gouvernement blanc chercha à encourager le développement des langues bantoues dans ces zones. Plusieurs nationalistes noirs associeront cette promotion des langues bantoues à l’apartheid : on essayait de maintenir les Noirs dans l’ignorance et de les diviser.

3- Négociations avant 1994, de Klerk

Mandela fut libéré en 1990. Entre 1992 et 1994, se tinrent des négociations entre le National Party (NP), au pouvoir pendant l’apartheid et l’ANC (African National Congress), parti dirigé par Nelson Mandela, qui prit le pouvoir en 1994. Il n’y fut pas souvent question de la langue : en effet, de Klerk ne considérait pas que c’était là un sujet d’une importance capitale et son entourage était persuadé qu’après 1994 les afrikaanophones seraient en nombre suffisant pour conserver leurs droits dans leurs régions de peuplement. Il dira plus tard qu’il n’aurait jamais accepté de signer l’accord s’il avait su ce qui allait se passer[5].

Le professeur Giliomee[6] revient sur la surprise du Parti national (NP) qui, en négociant la nouvelle Constitution, n’avait pas envisagé que l’ANC utiliserait la discrimination positive et la représentation démographique d’une manière « anticonstitutionnelle et raciste ».

En 1993, la constitution reconnaissait 11 langues officielles égales en tous points tout en incluant une clause de « non-diminution » pour l’anglais et l’afrikaans. En pratique, cela signifiait que ces deux langues ne pouvaient se trouver diminuées par la promulgation de 9 nouvelles langues officielles bantoues. Au niveau législatif, par exemple, toutes les lois continueraient d’être donc publiées au moins en anglais et en afrikaans. En 1996, dans la constitution définitive, après la prise de pouvoir par l’ANC, l’égalité était réduite à une « parité de considération » et un « traitement équitable » ; la clause de « non-diminution » avait disparu malgré les protestations des Afrikaners qui n’étaient alors plus au pouvoir[7].

B – Démographie sud-africaine

1- Groupes ethniques d’Afrique du Sud

La démographie sud-africaine a été sujette à de nombreux changements lors de ses dernières années. En 2009, les Blancs ne représentaient plus qu’à peine 9,1 % de la population totale de l’Afrique du Sud contre environ 20 % dans les années 1910 à 1960. Environ 9  % de la population était constituée de métis, et de 2,6 % d’Indiens et autres Asiatiques. Enfin, les Noirs constituaient la majorité avec environ 79,3 % de la population.

Groupe ethnique

Effectif

Pourcentage de la population

Africain

39 136 200

79,3

Métis

4 433 100

9,0

Indien/Asiatique

1 279 100

2,6

Blanc

4 472 100

9,1

Total

49 320 500

100,0

Source : Statistics South Africa, Mid-year population estimates, 2009

Source : Statistics South Africa

2- Langues et ethnies

Les Blancs parlent deux langues principales : l’anglais ou l’afrikaans. Les Métis parlent surtout l’afrikaans, alors que les Indiens parlent presque tous l’anglais. À la suite d’une lettre écrite à l’ambassade d’Afrique du Sud à Paris, j’ai reçu un document de 4 pages qui ne mentionnait aucune source ni aucune date. D’après ce document, l’afrikaans est parlé par 14,5 % de la population (85 % des métis, 58 % des Blancs, 1,4 % des Asiatiques et 0,4 % des Noirs). L’anglais, quant à lui, est la langue maternelle de 8,4 % de la population (95 % des Asiatiques, 39 % des Blancs, 15 % des métis, 0,2 % des Noirs). Mais il est compris par la majorité de la population.

Les Noirs parlent neuf langues officiellement reconnues en plus de nombreux dialectes en voie de disparition. Ces langues sont le zoulou, le xhosa, le ndébélé, le sotho du Nord, le sotho, le tswana, le swazi, le venda et le tsonga. Les Noirs parlent souvent l’anglais ou l’afrikaans en plus de leur langue maternelle.

Source : recensement 2001 [8]

Source : Wikipédia [9]

Légende :

zoulou

xhosa

afrikaans

sotho du Nord

anglais

tswana

sotho

tsonga

swazi

venda

ndébélé

aucune majorité

3- Démographie africaine

La démographie sud-africaine n’est globalement pas très dynamique, selon Stats SA, le taux de fécondité est de 2,38 enfants par femme à l’échelle nationale, mais un taux de croissance faible : 0.281% à cause du taux élevé de mortalité.[10] Les Noirs contribuent le plus à la croissance démographie, alors que la population blanche décroit. Les Noirs ont une croissance démographique relativement forte avec un taux de fécondité de 2,9 en 2010, cependant la mortalité des Noirs est très élevée à cause du SIDA. Selon le Bureau en recherche du marché d’UNISA, 519 000 personnes devraient mourir en 2010 à cause du SIDA, la très majorité étant des Noirs[11].  Selon Stats SA le taux d’infection du SIDA serait supérieur à 18 % pour l’ensemble de la population.

Dans les années 1980, la population noire d’Afrique du Sud connut une croissance soutenue : la population africaine s’accroissait de 3 % par an dans les années 1980, alors que dans les années 1940, ce taux était de 2 %. Il est intéressant de noter que cette croissance n’est pas due à une hausse importante de la natalité, mais plutôt à une chute importante de la mortalité enfantine. En effet, la fécondité des Noirs en 1960 était de 6,57 enfants/femme alors qu’il n’était plus que de 5 enfants/femme en 1980[12] alors que la mortalité infantile passera de 162 ‰ entre 1946 et 1951 à 60 ‰ entre 1985 et 1991[13].

À la lumière de ces chiffres, l’on comprend que les langues bantoues ne sont pas tant menacées d’extinction par manque de locuteurs, mais plutôt par l’assimilation ou leur manque d’importance économique et scientifique.

C – Les droits linguistiques dans la Constitution

Les droits des citoyens sud-africains sont inscrits dans la Constitution de 1996. Celle-ci garantit la protection de la langue de chacun et le droit à communiquer avec l’État dans la langue de son choix. Elle garantit aussi le droit à l’instruction publique dans la langue de chacun là où cela est raisonnable. La Constitution de l’Afrique du Sud traite donc en théorie de manière équitable tous ses citoyens et la langue de chacun. C’est l’une des Constitutions les plus généreuses en matière de langue. Le Pan South African Language Board a été créé en 1994 pour protéger les langues officielles et en encourager le développement. Voici comment l’article 6 du premier chapitre de la Constitution est formulé:

Article 6 : Langues

(1) Les langues officielles de la république sont le sotho du Nord, le sotho, le tswana, le swazi, le venda, le tsonga, l’afrikaans, l’anglais, le ndébélé, le xhosa et le zoulou.

(2) Reconnaissant que les langues indigènes de notre peuple ont connu, par le passé une utilisation et un statut amoindris, l’État doit, par des mesures concrètes et positives, améliorer le statut et développer l’utilisation de ces langues.

(3) (a) Le gouvernement national et les gouvernements provinciaux peuvent utiliser l’une des langues officielles – quelconque – aux fins de leur action, en prenant en compte l’usage, la faisabilité, les coûts, la situation régionale et en respectant l’équilibre entre les besoins et les préférences de la population, aux niveaux national et provincial ; mais le gouvernement national et chaque gouvernement régional doivent utiliser au moins deux langues officielles.

(b) les communes doivent tenir compte des usages et des préférences linguistiques de leurs habitants.

(4) Il incombe au gouvernement national et aux gouvernements provinciaux de réglementer et de contrôler, à travers des dispositions légales ou autres, leur utilisation des langues officielles. Sans préjudice des dispositions du paragraphe (2) toutes les langues officielles doivent jouir d’une parité de considération et faire l’objet d’un traitement équitable.

(5) Un Pan South African Language Board, instauré en vertu de la législation nationale, est chargé de

(a) promouvoir et de créer les conditions favorables au développement et à l’utilisation

(i) de toutes les langues officielles ;

(ii) des langues khoï, nama et san ;

(iii) du langage des signes ; et

(b) de promouvoir et d’assurer le respect

(i) de toutes les langues communément utilisées par les communautés d’Afrique du Sud, dont l’allemand, le grec, le goudjrati, le hindi, le portugais, le tamoul, le télougou et l’ourdou ;

ainsi que

(ii) l’arabe, l’hébreu, le sanscrit et les autres langues utilisées à des fins religieuses en Afrique du Sud

D – Droit linguistique en éducation

Selon l’article 29 de la Constitution, chacun a droit à être éduqué dans sa langue là où cela est raisonnable. C’est pourquoi la plupart des écoles enseignent la langue maternelle des élèves pendant les trois premières années. Mais ils passent à l’anglais ou l’afrikaans en quatrième année.

Article 29 – Education[14]

(1) Chacun a droit :

(a) à une éducation de base, incluant une éducation de base pour adultes ; et

(b) à une éducation continue, que l’Etat doit rendre progressivement disponible et accessible grâce à des mesures raisonnables.

(2) Chacun a droit à l’enseignement dans la ou les langues officielles de son choix, dans les établissements d’enseignement publics où cet enseignement peut être raisonnablement pratiqué. Afin de permettre l’accès à ce droit, ainsi que sa mise en œuvre, l’Etat doit examiner toutes les solutions alternatives raisonnables, dont les établissements à langue d’enseignement unique, en prenant en compte

(a) l’équité

(b) les possibilités de mise en œuvre et

(c) la nécessité de compenser les effets négatifs des lois et pratiques du passé, marquées par la discrimination raciale.

II – Des droits à la réalité sur le terrain

Nous avons vu ci-dessus ce qu’il en était des faits démographiques et des idéaux inscrits dans la Constitution. J’en ensuite voulu me pencher sur la réalité du terrain : comment ces faits démographiques et juridiques se traduisaient dans l’utilisation des langues.  Pour ce faire, j’ai rassemblé des renseignements sur des sites internet, contacté à plusieurs reprises les délégations de l’Afrique du Sud, des professeurs et activistes sud-africains suivi l’actualité linguistique du pays à la télévision, dans la presse sud-africaine et britannique.

A– Les langues khoïsanes

a– Les langues khoïsanes dans la Constitution

Les langues du groupe khoïsan sont officiellement protégées par la Constitution.

b– Devise en |Xam

La nouvelle devise de l’Afrique du Sud est dans la langue |xam, une langue morte khoïsane. Selon le site d’information du gouvernement sud-africain[15], « la devise !ke e: |xarra ||ke, écrite dans la langue khoisan du peuple |Xam, signifie littéralement : peuples divers, unissez-vous. Elle s’adresse à chaque effort individuel de contrôler l’unité entre la pensée et l’action. À l’échelle collective, elle appelle la nation à s’unir dans un sens commun d’appartenance et de fierté nationale. » Les écoliers sud-africains doivent prononcer cette devise à la fin du « serment » (school pledge)[16] qu’ils doivent réciter à l’école.

Pourquoi une devise en |xam ? Officiellement, il s’agit de rendre un hommage (posthume) aux premiers peuples de l’Afrique du Sud. A-t-on opté pour cette langue inconnue de tous et difficile à prononcer – la devise comprend trois clics – par désir de neutralité ? On notera que l’ancienne devise « Ex unitate vires » de même sens que « !ke e: |xarra ||ke » n’a pas été retenue, sans doute le latin était-il jugé trop européocentrique. On trouvera ci-contre les nouvelles armoiries de l’Afrique du Sud, sa devise en |xam et l’écu central qui représente une peinture rupestre khoïsane.

c – Quel espoir pour les langues du groupe khoïsan ?

Il y aurait moins de 60 000 locuteurs du groupe khoïsan en Afrique du Sud selon Ethnologue, Languages of the World[17].

Sur les huit langues du groupe khoïsan énumérées dans Ethnologue, quatre sont mortes, deux comptent moins de 100 locuteurs et des deux autres, seul le Nama est une langue d’enseignement secondaire. Il semble donc que les langues khoïsanes soient vouées à disparaître.

Selon Victor Webb[18], les Khoïsans ont quasiment tous été assimilés en Afrique du Sud, ils ont adopté le xhosa, le sotho ou l’afrikaans comme langue maternelle. Elle « ne survit plus » que par la manière de parler de certains locuteurs, dans la toponymie (Namaqualand, Karoo) et dans les emprunts linguistiques en afrikaans, sotho et xhosa. C’est ainsi que les mots[19] en afrikaans pour désigner le zèbre « kwagga », tout insecte rampant « gogga », ainsi que l’exclamation exprimant la douleur « eina ! » sont d’origine khoïsane.

Quand j’ai demandé au Haut-Commissariat d’Afrique du Sud au Canada quelles actions précises avaient été entreprises pour protéger les langues khoïsanes, l’attachée culturelle m’a écrit pour me dire que je devais consulter le site internet du Conseil pan-sud-africain des langues (où je n’ai rien trouvé) et de me référer à la Constitution (!).  J’aurais droit à une réponse aussi évasive quand je demanderai ensuite si le gouvernement est embarrassé par son manque d’actions pour protéger les langues minoritaires : « La Constitution parle d’elle-même ». J’ai eu l’impression que pour mon interlocutrice des intentions généreuses suffisaient.

B- Les langues bantoues

a- Désintérêt

On constate un certain désintérêt pour les langues africaines de la part de leurs locuteurs. Le Limpopo, la seule province qui a introduit l’éducation en langue maternelle a fait face à des scènes violentes où des parents noirs en colère accusaient les autorités scolaires de « nuire à l’avenir scolaire » de leurs enfants. Pour R.W. Johnson[20] « ces parents, comme leurs homologues afrikaans, ont parfaitement compris que la maîtrise de l’anglais est la clé du marché du travail. Dans un pays où le taux de chômage est de 40 %, connaître l’anglais devient quasiment une obsession. »

Tous les départements des langues africaines dans les universités font état d’un déclin continu et dramatique en nombre d’étudiants au point que leur survie n’est qu’une décision purement politique[21].

b- Administrations provinciales

Lorsque j’ai demandé à l’attachée culturelle du Haut-Commissariat de l’Afrique du Sud à Ottawa[22] si l’administration était en anglais à tous les niveaux, elle m’a répondu que non, et que l’administration provinciale employait souvent plusieurs langues locales.

J’ai reçu une réponse de la Pansalb, la Pan South African Language Board, qui est chargée de faire respecter les droits linguistiques des minorités. Ce message soulignait que les citoyens de la province du Cap-Occidental peuvent tous avoir accès à des services en afrikaans, en anglais et en xhosa. Tous les avis sont publiés dans les trois langues. Toutefois, à l’exception de l’administration provinciale du Cap-Occidental, il est rare que les citoyens puissent recevoir des services dans leur langue maternelle, sauf s’il s’agit de l’anglais ou de l’afrikaans, les langues africaines étant toujours laissées pour compte. Dans la plupart des organismes et ministères des gouvernements provinciaux, tous les documents sont généralement publiés en anglais, souvent en afrikaans, mais rarement dans l’une des neuf autres langues officielles. Le National Language Policy Framework prescrit que les documents importants doivent être publiés dans toutes les langues officielles.

Je n’ai pas pu établir à quel point cette politique est respectée en outre le mot « important » est laissé à l’interprétation de l’administration ce qui permet une application peu uniforme. Le message que j’ai reçu de la Pansalb disait aussi que la plupart des indications dans les aéroports étaient bilingues. Malheureusement, lors de mes deux visites à l’aéroport de Johannesbourg, je n’ai pas vu un mot en afrikaans et encore moins en langues bantoues écrits sur les panneaux et autres indications (voir les photos de cette section). Je me demande donc si la Pansalb m’a indiqué ce que la loi non encore promulguée prévoyait plutôt que la réalité sur le terrain.

De nombreuses municipalités ne respectent aucunement la politique linguistique nationale. Rares sont les municipalités qui adhèrent à certains aspects de cette politique linguistique. Cette situation pourrait s’expliquer par le fait que les provinces les plus déshéritées, celles formées des anciens bantoustans et peuplées d’une population noire et pauvre, sont tout simplement dans l’incapacité de mettre en œuvre une quelconque politique linguistique.

J’ai noté un trait intéressant lors de ma correspondance avec le Haut-Commissariat quand je demandais ce que le gouvernement avait fait pour les langues bantoues, ma correspondante m’a indiqué des mesures toponymiques symboliques : les changements de nom de villes qui étaient en afrikaans et qui avaient été rebaptisées d’un nom bantou, même le changement de l’aéroport de Johannesbourg en aéroport O.R Tambo semblait important. J’ai ensuite ressenti un réconfort en remarquant que je ne n’étais pas le seul à observer que d’autres aussi pensaient que ces mesures symboliques prenaient le pas sur une véritable promotion de la langue. C’est ainsi que la nouvelle vice-chancelier de l’Université de Prétoria, Cheryl De la Rey, a déclaré au Beeld[23] qu’elle désirait que la promotion du sotho du Nord « aille au-delà des politiques portant sur les noms et autres formes symboliques de reconnaissance. »

c- Quelques succès symboliques dans le monde des affaires

L’attachée culturelle à Ottawa a également souligné que, dans la vie de tous les jours, il existe tout de même quelques services multilingues comme les guichets automatiques ou les téléphones cellulaires. Il faut cependant se rappeler que ces services ne sont pas des services gouvernementaux, mais des services commerciaux.

d – Le cas du zoulou

Le zoulou est la plus grande langue bantoue en Afrique du Sud. Pourtant, il attire encore 30 fois moins d’élèves comme seconde langue que l’afrikaans[24]. Cela semble bien indiquer un manque d’intérêt soutenu pour langues bantoues par rapport à l’anglais et à l’afrikaans.

William Makgoba, le vice-chancelier de l’Université du KwaZulu-Natal a lancé un projet d’africanisation de son université[25] qui accueille près de 60 000 étudiants. Alors que la majorité des universitaires étaient encore des mâles blancs, Makgoba diffusa une caricature qui comparait les mâles blancs à de vieux singes arriérés et insistait qu’il fallait qu’ils apprennent à parler, chanter, manger et danser comme des Noirs s’il voulaient avoir le moindre espoir d’être acceptés. Le leitmotiv de son discours inaugural était la promotion du zoulou, et l’Université annonça bientôt qu’elle allait introduire des cours de zoulou obligatoires pour tous les étudiants et rendre toutes les nominations universitaires et administratives conditionnelles à la maîtrise du zoulou. Ces projets firent face à une forte résistance. Les professeurs soulignèrent qu’il n’y avait pas de livres adéquats ni de revues en zoulou et que de nombreux termes scientifiques n’existent pas en zoulou.

«[…] Mais l’idée mérite de la sympathie. […] Le zoulou est la langue la plus développée et la plus répandue des langues africaines. Il y a trois journaux en zoulou, mais aucun dans les autres langues bantoues, et la radio et la télévision zouloue rejoignent de nombreux auditeurs et téléspectateurs. Le zoulou est une langue nguni, elle peut donc être comprise sans trop de difficulté par les autres ngunis, à savoir les Swazis, les Ndébélés et les Xhosas. À Soweto, la langue la plus parlée dans les rues est la tsotsitaal, un étrange mélange d’afrikaans et de zoulou. Dans d’autres townships, on trouve d’autres sabirs comparables, mais toujours avec une base zouloue. Au Kenya et en Tanzanie, les gouvernements post-coloniaux favorisèrent l’éducation basée sur le swahili, il en résulte que cette lingua franca est maintenant fortement enracinée en Afrique de l’Est, et bien plus loin encore. Si le gouvernement sud-africain avait choisi cette voie, il aurait dû choisir le zoulou comme base de langue pan-nguni, mais à la simple évocation d’un tel projet on se rend compte de son impossibilité politique. »[26] En effet, les non-Zoulous ressentiraient cela comme une résurgence de l’empire militariste de Shaka. Ce qui est tout simplement inacceptable.

Pourtant, cet engouement au KwaZulu pour la langue locale connaît ses limites. Comme le rapporte avec un brin d’ironie R. W. Johnson : « En 2005, j’ai assisté à la première à Durban du film Yesterday, un long-métrage tourné au pied des Drakensberg, où le SIDA ravage les communautés noires comme jadis la peste ravageait Londres. Le producteur, Anant Singh, expliqua à l’audience comment il avait décidé de « laisser tomber l’anglais » et tourner le film en zoulou avec des sous-titres en anglais. Un après l’autre, les intellectuels zoulous soulignèrent la victoire du zoulou et l’importance vitale de promouvoir le zoulou. Tous applaudirent chaleureusement, cependant chacun d’entre eux avait parlé en anglais et personne n’avait rit. » [27]

e – L’éducation, le problème de l’hégémonie de l’anglais

Comme Sarie Howie[28] le rappelle, la politique linguistique du ministère de l’Éducation nationale stipule que les enfants sud-africains doivent recevoir une instruction à l’école dans leur langue maternelle jusqu’à la troisième année.

Cependant, dans la majorité des écoles, la langue d’instruction change, et en quatrième année, plus de 80 % des élèves sud-africains apprennent dans une langue qui leur est étrangère (l’anglais ou l’afrikaans), tout en continuant à recevoir un cours de lecture dans la langue de leurs trois premières années. La situation sud-africaine est complexe, car la plupart des enfants blancs, indiens ou métis reçoivent une instruction dans la même langue de la première à la douzième année, à savoir en anglais ou en afrikaans. Cependant, la plupart des enfants parlant une langue africaine à la maison changent de langue d’instruction en quatrième année pour recevoir le reste de leur éducation en anglais ou en afrikaans, malgré la politique linguistique actuelle du gouvernement qui encourage une instruction en langue maternelle de la première à la douzième année.

Selon un des experts cités par Sarie Howie, les élèves qui étudient dans une langue autre que  maternelle font face à deux types de difficultés, à savoir des problèmes d’apprentissage interlinguistiques, causés par une interférence de la langue maternelle, et des problèmes intralinguistiques causés par la structure de la deuxième langue. Des enfants qui apprennent à lire dans une seconde langue peuvent éprouver des difficultés face à la phonémique, la reconnaissance des modèles orthographiques, et la reconnaissance de la direction des mots déjà consignés en mémoire.

Comme nous pouvons le constater, les élèves blancs, indiens ou métis ont un avantage sur leurs compatriotes noirs, puisque toute leur éducation se déroule dans la même langue. Le changement de la langue d’instruction pour la plupart des élèves noirs explique en partie les résultats catastrophiques des élèves sud-africains aux tests internationaux. Lors des derniers tests de lecture du PIRLS, les élèves sud-africains se sont classés au dernier rang sur 40 pays. Les tests du PIRLS ciblent les enfants de quatrième année, dans le cas des élèves noirs c’est leur première année d’immersion en anglais ou parfois en afrikaans, ce n’est pas le meilleur moment.

Pays

Note moyenne

Russie (Fédération de)

565

Hong-Kong

564

Canada, Alberta

560

Singapour

558

Canada, Colombie-Britannique

558

Luxembourg

557

Canada, Ontario

555

Belgique (Flandre)

547

États-Unis d’Amérique

540

Canada, Québec

533

France

522

Moyenne de l’échelle du PIRLS

500

Belgique (francophone)

500

Indonésie

405

Qatar

353

Koweït

330

Maroc

323

Afrique du Sud

302

En 2009, le taux de réussite des écoles publiques sud-africaines aux examens couronnant les études secondaires a chuté pour une sixième année consécutive malgré une forte augmentation des dépenses gouvernementales dans le secteur éducatif. Cette faible diplomation condamne des millions de jeunes au chômage, cause principale selon certains experts de la criminalité endémique qui sévit en Afrique du Sud. Les examens se tiennent en décembre mois qui marque la fin de l’année scolaire sud-africaine.

La ministre de l’Éducation de base, Angie Motshekga a déclaré, lors d’une conférence de presse à Prétoria où ces chiffres étaient rendus publics, que le taux de réussite des étudiants en dernière année dans les écoles publiques est passé de 62,5 pour cent en 2008 à 60,6 pour cent en 2009.

Contrairement au baccalauréat français, le diplôme de fin d’études secondaires (« National Senior Certificate ») ne permet pas automatiquement de s’inscrire à une université. Pour ce faire, l’étudiant doit satisfaire certaines conditions supplémentaires : une moyenne de note plus élevée aux mêmes examens ainsi qu’un choix de sujets considérés plus difficiles.[29] Sur 551 940 élèves de 12e année qui ont présenté les examens finaux du secondaire, seuls 19,8 % ont obtenu des notes suffisamment élevées pour s’inscrire à l’université ou à un collège postsecondaire. Il s’agit d’une légère amélioration par rapport au 19,4 % de 2008. Selon un rapport publié l’année passée par la Banque de développement d’Afrique australe, seul un élève sur 40 qui a commencé l’école en 1995 (après la fin de l’apartheid) a réussi l’examen final de mathématiques supérieures qui permet l’entrée dans les écoles d’ingénieurs et les professions techniques.

Ce faible taux de diplomation ne pourra que faire grossir les rangs des chômeurs sud-africains. Le chômage officiel sud-africain atteint officiellement le taux de 24,3 pour cent. Le manque de personnel qualifié entrave également les efforts du gouvernement pour stimuler une économie dont le PNB s’est contracté d’environ 1,9 pour cent en 2009.

Neville Alexander prononce ce diagnostic : « Une politique qui favoriserait la prédominance de l’anglais condamnerait la majorité de la population et par là même toute la nation à rester dans un état de médiocrité permanente, car on ne peut pas être spontané, créatif et confiant si l’on n’utilise pas sa langue maternelle. »[30]

f – La défense des langues bantoues

Les langues bantoues ne s’utilisent quasiment pas dans les tribunaux et prétoires sud-africains. De nombreux juges aimeraient changer le statut de ces langues et réclament que l’on écrive les lois en onze langues au lieu de deux seulement [31].

Lors de ma recherche, j’ai trouvé qu’il y a peu d’informations sur les langues bantoues sur internet. Il ne semble pas que les locuteurs des langues bantoues cherchent à médiatiser leur combat– si combat il y a – en faveur de leurs langues. Cette discrétion rend difficile toute recherche sur leurs langues et sur les problèmes auxquels elles font face.

Les locuteurs des langues africaines n’ont pas tous les outils linguistiques nécessaires pour défendre leurs langues. Je n’ai pas trouvé d’informations significatives ou pertinentes sur la défense des langues dans l’éducation, mais il semble que les locuteurs des langues bantoues ne cherchent pas autant à promouvoir leur langue que les afrikaanophones.

C – L’afrikaans

Pendant mes recherches, j’ai voulu étudier le traitement spécifique de chaque langue, mais je n’ai pas trouvé assez d’informations dans la plupart des cas. J’ai aussi envoyé des lettres aux partis politiques les plus importants, aux ambassades d’Afrique du Sud à Paris, Bruxelles et Ottawa et à une dizaine de correspondants parmi lesquels le professeur Giliomee, des linguistes et des avocats impliqués dans des affaires récentes comme Cornelius Lourens. Je n’ai obtenu aucune réponse directe à mes questions de la part de l’ANC, l’opposition officielle (DA) et les postes diplomatiques sud-africains. De ces trois postes, seule l’ambassade à Paris m’a répondu à l’aide d’un document descriptif de 29 pages, le  South Africa Yearbook 2003/04 en anglais et 4 pages de documentation générale préparées d’avance sur les langues en Afrique du Sud. Ces documents qui ne répondaient pas spécifiquement à mes questions m’ont été de peu d’utilité, puisque ces informations étaient déjà accessibles sur  plusieurs sites internet ; en outre elles y étaient plus à jour[32]. Enfin, au mois de mars, j’ai pu contacter l’attachée culturelle du Haut-Commissariat à Ottawa, et lui poser quelques questions sur la politique linguistique de son pays. Elle n’a pas répondu directement dans la plupart des cas. Je n’ai donc pas pu tirer grand-chose de mes contacts gouvernementaux, j’en ai conçu un doute : est-ce que le parti au pouvoir et les ambassades éprouvent un certain embarras ou une réticence à parler du traitement des langues en Afrique du Sud ?

J’ai par contre reçu de nombreux documents originaux de la part du Vryheidfront+, un parti afrikaner dont le chef est vice-ministre de l’Agriculture, des Forêts et des Pêches, et de plusieurs professeurs et organisations qui font la promotion de l’afrikaans. N’ayant trouvé et reçu d’informations suffisantes que dans le cas de l’afrikaans, j’ai décidé de me concentrer sur le cas de celui-ci. Cas unique, puisqu’il s’agit également d’une des deux langues officielles de l’apartheid.

a –  La situation démographique de l’afrikaans

1 – Importance démographique

Les afrikaanophones, selon les chiffres du recensement de 2001, représentent 13,3 % de la population totale, ce qui en fait la troisième langue maternelle après le zoulou et le xhosa.

L’afrikaans est la langue de la majorité des Blancs et des Métis en Afrique du Sud. On l’ignore souvent mais il y a plus de Métis afrikaanophones que de Blancs afrikaanophones en Afrique du Sud (et en Namibie). Selon le dernier recensement, il y aurait environ 3,5 millions de Métis (54 %) afrikaanophones, 2,76 millions de Blancs (42 %) afrikaanophones et 0,2 million de Noirs (3 %) afrikaanophones.[33]

L’afrikaans est donc parlé par plus de métis que de Blancs. Pendant tout le XXe siècle, les afrikaanophones se sont divisés sur ce qui constituait le « peuple afrikaner ». Les afrikaanophones blancs se sont souvent demandé comment considérer les métis.

La plupart d’entre eux partageaient la même langue, la même culture et la même religion que les Afrikaners[34]. Pour plusieurs, avant même l’apartheid, la couleur de peau n’avait aucune importance, car la langue est le peuple tout entier : « Die taal is gans die volk ». C’est ce que P.H. Zietsman soutenait : la langue afrikaans définissait complètement les Afrikaners, pas la race [35]

Bien que minoritaires parmi les autres langues à l’échelle du pays, les afrikaanophones sont majoritaires dans deux provinces : le Cap occidental et le Cap septentrional, respectivement à 55 % et 68 % afrikaanophones.

Cette carte indique le pourcentage des afrikaanophones dans la population de chaque province. On observe une présence supérieure à la moyenne nationale dans trois des neuf provinces, ainsi qu’une présence majoritaire dans les deux provinces occidentales.

2 – Émigration

Stats SA estime le nombre de Blancs qui ont quitté l’Afrique du Sud entre 1994 et 2006 à environ 900 000 personnes. La moitié serait des Afrikaners. Entre 1995 et 2005, la population blanche a diminué de 16,1%[36].

Les deux principales causes évoquées qui poussent les gens à émigrer sont la criminalité et la politique de discrimination en faveur des Noirs et « autres minorités précédemment défavorisées » qui les empêche de trouver du travail dans un pays où le taux de chômage est officiellement de 24,3 %[37], mais plus proche de 40 % selon d’autres sources[38].

Cette émigration importante affaiblit principalement la communauté afrikaans dans un pays où l’anglais est devenu la lingua franca des grands centres.

La criminalité

Selon les statistiques de la police sud-africaine en 2004[39], il y aurait 39,5 homicides pour 100 000 habitants par an en Afrique du Sud, cinq fois la moyenne mondiale. Notons que pour l’Organisation internationale de la santé (OMS), ce taux serait plutôt de 69 homicides par 100 000 habitants en 2004[40]. Selon un reportage France 2 du 8 mars 2010[41], il y aurait 50 homicides par jour en moyenne.

Ces chiffres ont de quoi faire peur, et j’ai pu constater que cette peur est omniprésente lors de mon voyage en Afrique du Sud : toutes les propriétés de la classe moyenne étaient entourées d’un mur. Il y avait des policiers partout et pourtant les gens se plaignaient de l’insécurité. À Johannesbourg, je me souviens bien que nous évitions les quartiers pauvres et que nous fermions toujours les portières pour qu’on ne puisse pas nous voler notre voiture. Même dans les banlieues cossues de Centurion au sud de Prétoria où nous nous sommes arrêtés, le propriétaire de la maison se montrait prudent en sortant de la maison.

La violence vise parfois directement les Blancs. En mars 2010, le chef de la Ligue de la jeunesse de l’ANC, Julius Malema, aurait chanté devant les étudiants de l’Université de Johannesbourg : « Tirez sur les Boers, ce sont des violeurs » [42]. Julius Malema a entonné plusieurs fois une chanson appelant à tuer les Boers lors de manifestations publiques. Un tribunal sud-africain a interdit, le vendredi 26 mars 2010, cette chanson controversée datant de la lutte anti-apartheid et appelant à tuer les fermiers blancs (ou tous les Blancs selon certains). Libération titrait récemment à ce sujet « Poussée de racisme anti-Blancs en Afrique du Sud »[43].

Selon le Times de Londres, 3000 fermiers blancs auraient été assassinés depuis 1994. On accuse maintenant l’ANC d’attiser la haine.[44] La situation des fermiers blancs en Afrique du Sud est devenue plus dangereuse qu’au Zimbabwe.[45] En Afrique du Sud, il est moins dangereux d’être un mineur qu’un fermier. Au moins deux fermiers blancs ou membres de leur famille sont assassinés chaque semaine. En 2009, 120 fermiers ont été assassinés. Alors que le parti au pouvoir, l’ANC, débat une nouvelle politique d’expropriation des terres, dans les campagnes on parle souvent de l’Afrique du Sud comme d’un prochain Zimbabwe.

Comme le disait un fermier : « Le Zimbabwe ? Environ une douzaine de fermiers blancs ont étés assassinés dans la dernière décennie dans une saisie des terres illégale par le gouvernement. Nous en avons perdu 10 fois plus en 2009, et nous sommes un pays où il n’y a officiellement pas de tensions entre les fermiers et le gouvernement. Cela en dit long sur notre avenir.[46]

Dans ce climat de violence, on comprend que ceux qui peuvent se le permettre, parce qu’ils ont assez d’argent, des diplômes ou un passeport étranger hérité d’un aïeul européen quitte le pays. On peut craindre à une lente saignée qui ne pourra qu’affaiblir la communauté afrikaanophones.

Difficulté d’emploi

Le gouvernement a instauré une politique de discrimination positive pour les travailleurs noirs et « les communautés précédemment défavorisés » qui comprennent tous les non-Blancs, les femmes y compris les femmes blanches bien que cette politique réserve 80 % des nouveaux emplois aux noirs. Cette politique favorise également les entreprises appartenant à des Noirs. D’autres pans de cette politique visent à développer l’actionnariat noir. Les anciennes entreprises doivent ainsi vendre une certaine partie de leurs actions à des actionnaires noirs souvent les membres de quelques familles noires. R.W. Johnson ne tarit pas de reproches pour cette politique qui promeut le népotisme. Voir ses chapitres « BEE or How to Succeed in Business Without Really Trying » et « Crony Capitalism For the Comrades » (Capitalisme népotique pour les anciens compagnons d’armes).

Ces différentes politiques discriminatoires en faveur des Noirs sur le marché du travail empêchent de nombreux jeunes Blancs de trouver du travail[47]. Cette discrimination rend aussi l’Afrique du Sud moins attirante pour les investisseurs et moins compétitive. Sur les cinquante pays les plus industrialisés du monde, l’Afrique du Sud est passée de la trente-huitième place à la cinquantième. Selon l’institut suisse IMD, la principale raison qui expliquerait cette baisse de compétitivité serait la discrimination, tant la politique d’actionnariat noir que la discrimination positive dans l’emploi[48].

La communauté afrikaner est de plus en plus touchée par cette discrimination à rebours sur le marché du travail. On assiste à une multiplication du nombre d’Afrikaners sans travail, obligés de vivre dans des conditions pénibles et même parfois dans des bidonvilles. Environ 400 000 Blancs vivraient en dessous du seuil de pauvreté, soit 10 % de la population blanche[49]. Entre 2002 et 2006, le nombre de blancs sans logis aurait augmenté de 58 % passant de 83 000 en 2002 à 131 000[50] quatre ans plus tard. J’ai pu constater cette nouvelle pauvreté à Prétoria : deux Blancs très maigres, une femme et un homme mendiaient au milieu de la rue d’un quartier relativement prospère, ailleurs un homme blanc dans la quarantaine vendait des journaux afrikaans dans un quartier résidentiel. Selon mon père, cela n’existait pas il y a trente ans. Ceci ne semble peut-être pas concerner directement la situation linguistique, et je ne veux pas juger la politique économique du gouvernement sud-africain, mais si de nombreux afrikaanophones s’appauvrissent, l’importance économique de leur langue décroîtra, et son importance dans la vie quotidienne s’en ressentira à long terme.

3 – Natalité insuffisante

Mais l’émigration n’est pas le seul facteur démographique défavorable à la communauté afrikaanophone.

On sait que les Blancs ont en 2009 un taux de natalité de 1,75 enfant/femme comparable à celui de l’Europe, c’est-à-dire bien en-dessous du taux de remplacement des générations. Le taux de fécondité des Noirs se situe à 2,9 enfants/femme alors que les métis, pour leur part, conservent un taux de fécondité de 2,1 enfants par femme. En outre, depuis 2007, la  population blanche connaît plus de morts que de naissances.[51]

Le taux de remplacement des générations des afrikaanophones (blancs + métis) ne semble donc pas atteint, ce qui n’augure rien de bon pour une langue minoritaire.

4 – Immigration importante qui dilue l’importance des afrikaanophones

Un troisième facteur joue en défaveur des afrikaanophones : c’est l’immigration importante que connaît l’Afrique du Sud et qui dilue le poids des afrikaanophones.

Si l’on en croit Stats SA[52], il y aurait moins de 2 millions d’étrangers dans le pays, mais d’autres sources[53], ils seraient de l’ordre de 5 millions. Selon la BBC et Médecins sans frontières, les Zimbabwéens à eux seuls seraient entre 2 et 3 millions en Afrique du Sud[54],[55]. Ces populations, qui fuient d’autres zones moins riches comme le Zimbabwe ou le Mozambique, ne font que renforcer la dominance de l’anglais, puisque c’est souvent la seule langue d’Afrique du Sud qu’ils connaissent.

On rencontre également en Afrique du Sud des immigrants d’Afrique francophone comme j’ai pu le constater : en une seule journée au Cap j’ai rencontré un vendeur de souvenirs congolais (RDC) qui officiait devant un étal couvert de bibelots africains et un étudiant rwandais qui arrondissait ses fins de mois en gardant les voitures des touristes. Tous les deux parlaient un excellent français.

5 – Assimilation linguistique

Enfin, il reste à énoncer un autre danger pour l’afrikaans : l’assimilation. Entre 1970 et 1996, il y eut parmi les métis de la région métropolitaine du Cap un « changement massif », 7,4 % des métis parlait désormais l’anglais plutôt que l’afrikaans à la maison, contre 1,7 % pour les Afrikaners blancs[56].

Sous le régime de l’apartheid, l’afrikaans cohabitait avec l’anglais en tant que langue officielle. Certains Afrikaners ne parlaient pas anglais à cette époque, mais la situation a changé depuis : « […] et si dans les années 1960 l’on rencontrait souvent des Afrikaners qui ne parlaient pas l’anglais, aujourd’hui, une telle personne n’existe pas. »[57] Quels sont les dangers d’une telle situation ?

1) Le bilinguisme généralisé est la condition nécessaire (mais pas suffisante) de l’assimilation. On peut donc craindre une assimilation plus rapide des Afrikaners aujourd’hui alors que tous connaissent l’anglais.

2) Le bilinguisme généralisé peut servir de prétexte pour ne pas fournir des services en afrikaans (bien qu’il existe encore des métis qui ne connaissent pas l’anglais).

b – La place de l’afrikaans

Nous allons maintenant nous pencher sur la place de l’afrikaans dans différents domaines depuis 1994.

1 – Langue parlementaire et juridique

Bien que l’anglais soit seulement la cinquième langue maternelle en Afrique du Sud en termes de locuteurs, presque tous les débats au parlement sont désormais en anglais et le journal des débats parlementaires (le Hansard) n’est plus publié qu’en anglais.

Selon la Constitution, les lois doivent être passées en au moins deux langues, ce qui devrait protéger l’afrikaans, puisque toutes les lois sont déjà publiées en afrikaans, que le droit est enseigné en afrikaans dans six universités et que les amendements aux lois préexistantes devraient logiquement se faire également en afrikaans.

Ce n’est pas le cas. Dès 1998 et la disparition de la clause de « non-diminution », deux lois ont été promulguées en anglais et une langue bantoue. De 1998 à 2007, 95 lois ont été promulguées sans traduction en afrikaans. Par contre, toutes les lois ont été publiées en anglais et une autre langue bantoue, souvent le zoulou. Jamais plus de deux, même si la constitution parle de « au moins deux ». Aujourd’hui, l’afrikaans ne s’utilise presque plus que pour modifier des lois publiées avant 1998. Et cela n’est même pas toujours le cas ! On a vu des lois comme le National Sports and Recreation Act publié en afrikaans, mais amendé en zoulou en 2007 ![58]

Quant à la justice, la situation n’est pas radieuse non plus pour l’afrikaans : en 1996, 75 % des arrêts de la Cour d’appel étaient écrits en afrikaans, l’année passée il n’y en eut qu’un seul écrit en afrikaans.[59]

2 – L’afrikaans dans l’administration

L’anglais est devenu la langue de l’administration de facto : « L’Afrique du Sud a 11 langues officielles. L’anglais est la langue de l’administration et on le parle partout dans le pays. »[60] Langue quasiment exclue au niveau de l’administration nationale, l’afrikaans conserve tout de même dans les administrations provinciales une place importante[61].

Comme l’administration est l’un des secteurs où les Noirs peuvent trouver du travail le plus facilement, ils apprennent presque tous l’anglais au détriment de leur langue maternelle ou de l’afrikaans.

Sur internet, l’administration communique presque toujours en anglais avec les citoyens, alors que cela semble contraire à la Constitution. Presque tous les sites gouvernementaux n’offrent que des services en anglais, il n’y a qu’à aller sur le site de Stats SA, le site officiel du gouvernement ou même le site de l’organisme en théorique responsable de la promotion des langues sud-africaines[62]: quasiment tout n’est qu’en anglais.

1995-2005

2005-2009

2009-

Voici un autre exemple de la prédominance de l’anglais encouragée par l’État : je n’ai pas pu en croire mes yeux quand j’ai vu un passeport sud-africain en français et en anglais alors que nous attendions pour le contrôle des passeports à l’aéroport de Johannesbourg. Depuis 2005, l’afrikaans a entièrement disparu des passeports.

Il n’y a pas la moindre trace des langues africaines. La Suisse met bien cinq langues sur son passeport, pourquoi pas l’Afrique du Sud ? On pourrait aussi imaginer un passeport avec dix combinaisons de langues différentes selon la préférence des individus. En Belgique par exemple, la première langue qui apparaît sur le passeport est celle choisie par le citoyen (français, néerlandais ou allemand)[63].

De même, à partir de 2005, les billets sud-africains furent réimprimés en éliminant les mentions en afrikaans et en ne gardant que l’anglais.

1999

À partir de 2005

SouthAfricaP126b-100Rand-(1999)-donatedsrb_f.jpg (700×330)

http://www.banknotenews.com/files/south_africa_100_2009.00.00_p131b_f.jpg

Cette décision est pour le moins étonnante dans un pays qui se targue d’être multiculturel. D’autres pays ont pourtant réussi à inclure de nombreuses langues sur leur papier-monnaie. L’Inde parvenant même à indiquer 15 langues locales et l’anglais (voir ci-dessous).

Inde[64]

Autriche-Hongrie (1917)[65]

Chine[66]

http://www.rbi.org.in/currency/images/LP3.jpg

autriche-hongrie-detail.jpg (700×226)

http://hapax.qc.ca/images/chine-pop-detail.jpg

16 langues (anglais n’apparaît pas ici)

10 langues (allemand n’apparaît pas dans ce zoom)

6 écritures (idéogrammes et latin ne sont pas illustrés)

3 – L’afrikaans dans les entreprises publiques

Il est parfois difficile d’obtenir un service dans sa langue maternelle de la part des entreprises publiques ou parapubliques.

Cependant, habituellement il est possible de communiquer dans sa langue maternelle comme dans cet extrait d’une conversation entre un fermier afrikaner très énervé et une secrétaire d’Eskom, la compagnie d’électricité, lors d’une coupure de courant prolongée qui menace ses cuves de lait et qui a déjà causé des dégâts aux moteurs de son exploitation (source : YouTube[67]).

4 –L’afrikaans au travail et dans les affaires

Comme dans le cas de l’administration, la plupart des entreprises fonctionnent en anglais et l’anglais est devenu la langue du travail en Afrique du Sud, la maîtrise de l’anglais est la clé du marché du travail.[68]

Selon de nombreux observateurs, le gouvernement actuel ne manifeste aucune volonté de favoriser le développement de l’afrikaans. R.W. Johnson affirme : « L’élite de l’ANC parlait invariablement en anglais. La place occupée par l’afrikaans dans les médias ne représenta bientôt plus qu’une fraction de ce qu’elle était avant, et les fabricants enlevèrent discrètement l’afrikaans des étiquettes et des modes d’emploi de leurs produits »[69].

La nouvelle Loi sur la protection du consommateur qui rentrera en vigueur à la fin 2010 prévoit que les contrats, la publicité, les notices devront être écrit dans une « langue simple »[70] On ne sait pas à ce stade comment interpréter « langue simple » signifiera en pratique : de l’anglais simplifié partout ou des textes simples dans la langue maternelle du consommateur. Bref, aura-t-on plus de textes en anglais accessibles pour tous ou plus de textes accessibles dans plus de langues officielles ? La National Consumer Commission devra se pencher sur ces questions et produire dans les prochaines semaines des lignes directrices qui serviront de règlement d’application.

5 – L’afrikaans langue d’enseignement

Après 1994, le combat des partisans de l’afrikaans se concentra sur la préservation de cette langue comme langue d’instruction unique dans les écoles et les universités, la seule politique efficace pour protéger une langue en compétition avec une langue internationale. Comme l’a écrit Jean Laponce, qui fait autorité en matière de langue dans l’éducation, « le bilinguisme dans l’éducation est généralement un bilinguisme de transition, qui facilite à long terme l’assimilation »[71].

Helen Zille, chef de l’opposition parlementaire, a ainsi défendu la cause de l’université de Stellenbosch et a fortement soutenu le droit des parents à s’assurer que l’État fournisse les institutions nécessaires à la promotion de leur langue dans des écoles et universités unilingues.[72]

De nombreuses écoles en afrikaans éprouvent des difficultés à survivre, car le gouvernement exige que les écoles soient remplies et qu’elles satisfassent aux besoins linguistiques de leurs élèves. Or il devient parfois difficile de remplir complètement les écoles afrikaans d’afrikaanophones, surtout à la campagne[73]. Presque tous les Noirs apprennent maintenant l’anglais comme deuxième langue et délaissent de plus en plus l’afrikaans. Par sa politique des écoles pleines qui doivent accepter tout étudiant, le gouvernement fait en sorte que de plus en plus d’écoles afrikaans deviennent bilingues avant de parfois devenir unilingues anglais.

Selon un article Beeld[74], alors qu’en 1993 on dénombrait encore 1396 établissements scolaires en afrikaans, il n’en restait plus que 667 en 2010.

Avant 1994, cinq universités en afrikaans existaient (les universités de Prétoria, Stellenbosch, Potchefstroom devenue l’Université du Nord-Ouest, de l’État libre d’Orange et la Rand afrikaans) ainsi qu’une université bilingue (Port Elizabeth)[75]. Aujourd’hui toutes ces universités sont bilingues ou unilingue anglais. Le site de l’Université de Stellenbosch, contrairement à la quasi-totalité des sites gouvernementaux sud-africains, est bien bilingue[76].

Le gouvernement impose souvent l’anglais afin de garantir une plus grande mixité sociale et favoriser les populations non blanches. Mais, à Stellenbosch, ce raisonnement ne tient pas puisque la plupart des étudiants non afrikaanophones aujourd’hui sont des anglophones blancs bien nantis, car seul 1 % des étudiants ont comme langue maternelle une langue bantoue[77]. Pour l’historien Giliomee, le gouvernement désire que toutes les universités utilisent l’anglais comme langue principale, laissant peu de place à l’afrikaans qui deviendrait alors optionnel, marginal et coûteux.[78]

Quatre universités offrent encore une formation supérieure en afrikaans. Les matières  y sont données selon plusieurs formules : uniquement en afrikaans, uniquement en anglais, en parallèle dans des classes anglophones et afrikaanophones et, enfin, dans des classes mixtes où l’on parle à la fois anglais et afrikaans. L’Université du Nord-Ouest a opté pour une cinquième solution : l’interprétariat des classes données en afrikaans. Selon les dires du vice-chancelier de cette université, Dr Theuns Eloff, cette solution est tout à fait abordable, puisque les coûts d’interprétariat ne s’élèvent qu’à 30 millions de rands alors que le budget total de son université est de 2 milliards de rands, soit 276 millions de $ canadiens. L’option des classes parallèles est plus coûteuse, puisque l’on dédouble la plupart du temps les cours : une partie de la classe le suivant en anglais et l’autre en afrikaans. Cette option n’est rentable au niveau économique que pour les cours très suivis.[79]

On trouvera ci-contre et ci-dessous quelques graphiques parus dans le journal Beeld[80] qui démontrent le recul de l’afrikaans dans des universités qui étaient unilingues en 1994. L’article comparait deux universités, l’université de Prétoria et l’université de Stellenbosch. On remarquera la baisse du nombre d’afrikaanophones dans ces universités et des classes qui se donnent en afrikaans.

Pour mieux situer le type de débat qui entoure l’anglicisation des universités traditionnellement afrikaans, voici un extrait d’un article publié sur News 24[81].

L’université (de Stellenbosch) a été accusée par le ministre de l’Éducation supérieure, Blade Nzimande, d’utiliser la protection constitutionnelle offerte aux 11 langues nationales pour rester une enclave élitiste et blanche

Il aurait dit que Stellenbosch « utilise la langue pour exclure des gens ».

Le porte-parole de l’opposition parlementaire pour l’éducation supérieure, Wilmat James, a dit qu’il ne voyait aucune raison pour empêcher à l’université de préserver son héritage culturel. La politique linguistique de l’université à l’encontre à ses étudiants est à peu près correcte.

James a averti Nzimande que le gouvernement « ne peut pas utiliser sa politique de financement » pour forcer l’université à changer.

James a déclaré que le pire scénario pour le système d’éducation de l’Afrique du Sud serait de permettre au gouvernement de saper l’indépendance des universités par une intervention centralisée.

Il a soutenu que l’autonomie était vitale pour s’assurer que les institutions d’éducation supérieure aient la liberté « et une distance critique du gouvernement » suffisante pour faire ce qui sert les étudiants, et non les intérêts à court terme du parti au pouvoir.

Le parti de Wilmat James, la DA, a affirmé qu’il chercherait à appliquer ses politiques en matière d’éducation dans le Cap-Occidental, la seule province où le parti est au pouvoir.

L’afrikaans comme langue de promotion sociale

Plusieurs mouvements pro-afrikaans comme l’Association des étudiants de médecine du Cap (TABK[82]) insistent sur le fait que l’afrikaans comme langue d’instruction doit être considérée comme un outil de promotion sociale pour les afrikaanophones défavorisés socialement : offrir des études supérieures dans leur langue maternelle, c’est éliminer un obstacle à l’obtention d’un diplôme universitaire.

6 – L’affichage en afrikaans

Lorsque j’étais en Afrique du Sud, j’ai pu constater que la quasi-totalité des panneaux routiers était en anglais.

Il en était de même dans les sites touristiques et les noms de rue étaient presque toujours en anglais. Cependant, dans certains quartiers résidentiels de Prétoria, ils restaient des panneaux routiers et des panneaux publicitaires en afrikaans. J’ai observé qu’à l’aéroport du Cap, il restait des vieux panneaux afrikaans dans les parties qui n’avaient pas été rénovées, alors qu’à Johannesburg il n’y avait pas un mot en afrikaans. La raison est simple : l’aéroport du Cap n’a pas encore été entièrement rénové depuis 1994, alors que l’aéroport de Johannesbourg venait de l’être pour la coupe du monde de football qui aura lieu cette année.

On trouvera ci-dessus un autre exemple de la volonté d’imposer l’unilinguisme anglais : le mot « slow » en anglais a été repeint alors que le mot équivalent en afrikaans « stadig » n’a pas été repeint. Le moins que l’on puisse dire est que les autorités municipales n’encouragent pas, dans ce cas-ci, le multilinguisme dans l’affichage routier. L’image est tirée d’un document YouTube[83] sur le sujet.

Quand nous étions à Franschhoek, là où les huguenots s’établirent après la révocation de Nantes en 1685, mon père a pris une photo des panneaux au bord de la route. Il y a plus d’indications en français qu’en afrikaans! La région est pourtant très majoritairement afrikaanophone.

7- Les médias et la culture populaire en afrikaans

Si l’afrikaans pâtit de la nouvelle donne politique sur le terrain administratif, scolaire et du travail, la musique populaire en afrikaans connaît pour sa part un renouveau. Des chansons comme « De La Rey[84]» un général de la guerre des Boers et « Boer en Sy Roer »[85] (le Boer et son fusil) une autre chanson militante qui met en garde contre ceux qui touchent à la langue du « Boer » sont devenus très populaires parmi tous les Afrikaners[86]… La musique en afrikaans domine le secteur des DVD avec Steve Hofmeyr qui a obtenu en 2006 quatre albums en platine (40 000 albums vendus pour chaque disque platine)[87].

J’ai pu également observer au Cap (à l’aéroport et dans un centre commercial à deux heures de là) que les produits en afrikaans sont disponibles : des cartes de vœux « Hallmark » aux romans en passant par les cartes routières unilingues en afrikaans.

En 1996, après le changement de la politique de la SABC, la chaîne d’information publique, le journal télévisé en afrikaans fut relégué à une heure de moins grande écoute. Beaucoup de téléspectateurs afrikaanophones perçurent ces changements comme une menace pour l’avenir de l’afrikaans. La presse en afrikaans protesta, sans effet. S’en suivit un boycott des téléspectateurs afrikaans qui ne regardaient plus la télé et s’informaient autrement. C’est la perte de revenus qui força la SABC à changer d’avis en 1999. Le boycott de la télévision fit perdre beaucoup de revenus publicitaires à la SABC, car la chaîne en afrikaans attirait trois fois plus de téléspectateurs à revenus élevés que la chaîne en anglais. Aujourd’hui le journal se déroule à 19 h tous les soirs sur deux chaînes différentes, l’une en anglais et l’autre en afrikaans.[88]

L’afrikaans est, après l’anglais, la langue la mieux pourvue en journaux, et la radio et la télévision en afrikaans ont de larges publics, et il y aurait plus de 300 titres publiés en afrikaans chaque année selon le journal Beeld[89].

8 – Le recul de l’afrikaans en Afrique australe

L’usage de l’afrikaans n’est pas confiné à l’Afrique du Sud : en Namibie c’est une des langues maternelles les plus importantes. Elle servait de lingua franca avant son indépendance en 1990. Il y a plus de 12 fois plus de locuteurs qui ont l’afrikaans comme langue maternelle que l’anglais.  Mais le nouveau gouvernement SWAPO de retour d’exil a décidé d’imposer une seule langue officielle : l’anglais. Le président Kagamé, Rwandais anglophone né en exil, pratique une politique d’anglicisation similaire au Rwanda aux dépens du français. En Namibie, l’afrikaans est désormais relégué au rôle de langue régionale, car une bonne part de la Namibie du Sud parle afrikaans comme langue maternelle (en bleu plus foncé sur la carte ci-contre).

Comme en Afrique du Sud, les afrikaanophones de Namibie souffrent de leur passé : on perçoit souvent l’afrikaans comme la langue de l’apartheid et de l’oppresseur, même si c’est aussi la langue de nombreux non-Blancs en Namibie comme en Afrique du Sud.

Cette perte d’importance partout dans la région est l’une des raisons pour lesquelles l’afrikaans subit une baisse des effectifs scolaires.

9 – L’afrikaans disparaîtra-t-il ?

En 1994, les Métis et les Afrikaners étaient pourtant confiants et croyaient que leur langue serait capable de conserver son importance sous un régime politique moins favorable grâce à la Constitution qui, croyaient-ils, conserverait son importance dans leurs entreprises, leurs écoles et les provinces, gouvernements locaux et municipaux où ils seraient majoritaires.

Cependant, comme nous l’avons vu, depuis 1994, l’afrikaans accumule les reculs : il est évincé des débats parlementaires, les lois ne sont plus publiées dans cette langue, ses universités et ses écoles s’anglicisent. Il disparaît de l’affichage public, ils ne s’utilisent presque plus dans l’administration publique nationale. Il faut également de plus en plus maîtriser l’anglais pour obtenir un emploi qualifié. Enfin, au niveau démographique, il souffre de l’émigration de ses jeunes diplômés et d’une faible natalité au point que le nombre de naissances des afrikaanophones est sur le point d’être dépassé par le nombre de morts de cette même minorité linguistique.

Il est donc légitime de se demander si l’afrikaans survivra.

Devant la dégradation de l’État de droit, du système de santé[90], la corruption et l’insécurité, Breyten Breytenbach, un célèbre auteur afrikaanophone et militant anti-apartheid de longue date, conseillait il y a un peu plus d’un an aux jeunes de quitter l’Afrique du Sud s’ils le pouvaient[91]. Aujourd’hui, il craint que l’afrikaans ne disparaisse[92] pour lui la nation le rêve de la nation arc-en-ciel est brisé, la seule solution serait de refonder l’Afrique du Sud sur un véritable modèle fédéral qui préserve les droits de tous.[93]

Si plusieurs intellectuels partagent le pessimiste de Breyten Breytenbach, d’autres pensent que la langue survivrait en tant que patois grâce à base démographique, à l’instar des grandes langues bantoues comme le zoulou et le xhosa.

D’autres, par contre, évoquent l’attrait pour l’enracinement local en cette époque de mondialisation qui pourrait, paradoxalement, profiter à des langues comme l’afrikaans. Pour Joan Hambidge[94], une poétesse du Cap, l’afrikaans ne mourra pas : « il y a trop de gens qui le parle et l’on publie encore trop de livres importants dans cette langue ». Pour d’autres enfin, une partie du sort de la langue est entre les mains de ses locuteurs : s’ils pensent que l’afrikaans (par exemple l’école ou l’université en afrikaans) est un outil de promotion ou leur apporte quelque chose de supplémentaire, par exemple au niveau de l’identité, l’afrikaans survivra.

D- Constitution multilingue pour pays de plus en plus unilingue

En 2005, l’ancien président F. W. de Klerk, se référant à la promesse du président Mbeki qu’il n’y aurait pas de domination noire en Afrique du Sud, posa cette question : « Comment pourrons-nous éviter la domination noire, dans une situation où la majorité noire possède maintenant dans les faits le monopole du pouvoir ? N’est-ce pas de la domination noire, si la majorité noire dicte l’ordre du jour des minorités métisse, indienne et blanche, et affecte de manière négative leurs intérêts fondamentaux ? »[95]

Dans les faits, les promesses d’égalité des langues se sont avérées difficiles à tenir. Cela est très compréhensible : passer de deux à onze langues officielles est un défi en soi, mais il techniquement presque impossible de faire tenir onze langues sur les panneaux de signalisation routière, par exemple, et les coûts de traduction sont trop élevés pour l’Afrique du Sud. On a donc assisté à une généralisation de l’unilinguisme anglais dans l’administration.

Pour Giliomee[96], on aurait pu éviter cette situation en ne reconnaissant que quatre langues officielles : l’anglais, l’afrikaans, et une langue de chaque grand groupe bantou. Pendant les négociations entre le Parti national et l’ANC, certains diplomates y pensèrent, mais l’idée fut vite écartée.

Le plus grand danger pèse pour les autres minorités linguistiques : une imposition graduelle de l’anglais dans l’administration entraînerait un désintérêt pour les langues locales et, comme nous l’observons déjà, l’abandon de l’éducation en langue bantoue et une nette préférence pour l’anglais.

http://cdn.24.com/files/Cms/General/d/381/9520145074a94b1084be41e26b3b2a6b.pngBien que la Constitution de l’Afrique du Sud garantisse le droit à l’égalité des langues, ce droit n’est toujours pas appliqué en pratique. Il devient de plus en plus difficile d’éduquer ses enfants dans une autre langue que l’anglais. La langue de l’administration est de facto l’anglais. Depuis 1994, l’afrikaans est l’une des onze langues officielles du pays, mais en pratique l’anglais est la seule langue publique, ce qui a poussé les Afrikaners à entamer un troisième taalbeweging (mouvement linguistique) pour rétablir l’égalité de leur langue avec l’anglais pour la troisième fois dans l’histoire.

a –Un arc-en-ciel de plus en plus monochrome ?

Paradoxalement, depuis que plus de langues sont devenues officielles, depuis que le gouvernement sud-africain est devenu celui d’une nation arc-en-ciel, moins de langues sont utilisées dans le pays et la diversité ethnique y diminue.

Lors d’une émission Robinson Regstreeks sur la chaîne Kyknet le 15 mars 2010, Patricia De Lille, la présidente métisse du parti des Independent Democrats (ID), soutenait que toutes les langues indigènes d’Afrique Sud pâtissaient à cause de la mondialisation.

Un rapport de l’UNESCO de 2001[97] décrivait la situation linguistique en Afrique du Sud de la sorte : « Bien que le cadre constitutionnel concernant l’accommodation de la diversité linguistique en Afrique du Sud soit plutôt prometteur, la pratique révèle une dénégation de facto de plusieurs principes constitutionnels relatifs au statut des langues et du multilinguisme, qui s’accompagne de l’émergence de l’anglais comme lingua franca. »

R.W. Johnson résume[98] ainsi l’effet de cette multiplicité de langues officielles : « La nouvelle politique était nécessairement hypocrite. Les Français, lorsqu’ils débattaient la question de l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE, soulignaient que « trois langues n’en font qu’une ». C’est-à-dire que, si le bilinguisme français-allemand était parfaitement viable, aussitôt que l’anglais était admis, toute réunion comprenant trois nationalités se déroulerait en anglais parce que c’était la seule langue internationale que tout le monde connaissait. Cela s’est avéré : aujourd’hui, l’anglais est de loin la langue dominante de l’UE. Mais si trois langues n’en font qu’une, alors onze langues en font de même. » On peut donc craindre que les autres langues éprouvent beaucoup plus de difficultés et perdent toute importance économique et culturelle dans les années à venir. Comment onze langues peuvent-elles se développer et s’épanouir de manière égale dans le même espace, sans protection territoriale ni institutions propres ?

b –La décision du juge Ben du Plessis

Il existe toutefois quelques lueurs d’espoir sur le plan constitutionnel.

Le 15 mars 2010,  le juge Ben du Plessis de la Cour supérieure du Gauteng du Nord a statué que le gouvernement, contrairement à ses obligations constitutionnelles,  n’avait pas contrôlé et surveillé l’usage des langues officielles.[99]

La ministre des Arts et de la Culture devra se conformer au jugement dans les prochaines deux années et proposer et promulguer une loi linguistique qui mette en œuvre ses obligations constitutionnelles afin que toutes les langues soient traitées de manière équitable. L’avocat à l’origine de cette plainte contre le gouvernement, Corneels Lourens, demandait que toute la législation depuis 1996 soit traduite dans les 11 langues officielles du pays. Détail amusant, alors que Corneels Lourens a correspondu avec l’administration en afrikaans pour se plaindre de l’anglicisation croissante de celle-ci, les fonctionnaires lui répondaient en anglais, apportant ainsi de l’eau à son moulin.

Le syndicat Solidariteit s’est félicité de ce jugement qu’il considère comme la plus grande victoire pour les droits linguistiques de toutes les minorités depuis 1994. Le Pan South African Language Board s’est également réjoui de cette décision, ce qui se comprend puisqu’elle devrait l’aider à accomplir une partie de sa mission de contrôle de la situation.

La décision du juge du Plessis a été écrite en afrikaans, ce qui est devenu exceptionnel. Il a justifié ce geste en disant que le pays reconnaît 11 langues officielles, ce qui signifiait que l’on pouvait communiquer avec les fonctionnaires dans le gouvernement dans l’une de ces langues, dont l’afrikaans.

Il reste à voir ce qu’il adviendra de ce jugement. En 2003 Alexander Neville écrivait déjà avec optimisme dans son rapport pour le Conseil de l’Europe : « certaines évolutions récentes montrent bien qu’il existe, du côté de l’État, une indéniable volonté, même si elle n’est pas sans poser problème, de faire appliquer les dispositions de la Constitution en matière linguistique et d’enseignement des langues »[100]. Pourtant, sept ans plus tard, comme on l’a vu, rien n’avait vraiment changé.

c –Réticences, mondialisation et prestige de l’anglais

On constate une réticence de la part des autorités à parler du problème lorsqu’on les interroge. C’est en tout cas l’impression que j’ai eue, puisque peu de gens m’ont répondu dans l’administration m’ont répondu. Je crois qu’il ressort de ma production finale que, bien que le gouvernement fasse des efforts pour réparer la situation passée pour que les langues bantoues d’Afrique du Sud soient plus égales, il y a un manque d’action face à la progression de l’anglais, progression il est vrai planétaire puisqu’on l’observe dans de nombreux pays du monde.

Toutefois, on peut se demander si les dirigeants du parti au pouvoir, l’ANC, sont vraiment intéressés par le multilinguisme. Revenue de son exil passé dans des pays africains anglophones ou en Angleterre, l’élite de l’ANC parlait « immanquablement l’anglais » comme le note R.W. Johnson.

Pour l’avocat Cerneels Lourens[101], le problème principal est un manque d’intérêt de la part du gouvernement et d’une grande proportion de la population qui ne voit pas la langue comme un outil de développement personnel. On ne parle pas assez, notamment, du lien entre les droits linguistiques des gens et leur succès économique potentiel. Pourtant, cela devrait être évident quand on considère les piètres résultats de l’éducation en anglais imposée à tous en Afrique du Sud. Selon ce juriste, il y a un coût à ne pas considérer les langues. Il est par exemple quasiment impossible d’avoir une formation technique en afrikaans ce qui exclut des milliers d’enfants qui ne pourront obtenir un emploi. Pour Lourens, les élites en Afrique partagent un même désintérêt pour leurs racines linguistiques. La formation de leurs concitoyens dans leur langue maternelle ne les intéresse pas. Ils se sont dépouillés de leur identité linguistique.

Ce qui est frappant pour un Québécois, quand on lit ce diagnostic de Me Lourens, c’est le parallèle que l’on peut tracer entre les afrikaanophones et plus particulièrement les Afrikaners et les Québécois dans leur attachement viscéral pour leur langue. Attachement qui n’est pas partagé par toutes les minorités en Afrique du Sud qui souvent considèrent que seul l’anglais leur garantira un bon travail, même si cela signifie que leurs enfants qui ne parlent pas cette langue à la maison partent avec une longueur de retard.

Conclusion

En passant en revue toutes les informations relatives à l’Afrique du Sud et à la protection des langues en particulier, il apparaît que le rêve de Nelson Mandela d’une nation arc-en-ciel est loin d’être accompli. Certes, la majorité noire peut désormais voter, mais c’est un pays qui devient paradoxalement de moins en moins divers. L’arc-en-ciel a de moins en moins de couleurs.

La politique d’anglicisation soulève plusieurs questions pressantes tant au niveau économique que culturel. D’après plusieurs chercheurs, il semble que, dans le domaine scolaire, l’anglicisation ait un impact négatif sur les élèves les moins favorisés qui ne parlent pas cette langue à la maison. Exiger l’anglais partout est également contreproductif dans un pays où seuls 4 % de la population maîtrisent bien l’anglais[102]. Sur le plan culturel, il est évident que l’anglicisation croissante est un appauvrissement dans un pays qui pourtant prétend valoriser son héritage multilinguistique.

La nation arc-en-ciel a accompli un long chemin relativement pacifiquement, mais un manque de respect envers les langues pourrait entraîner des tensions graves à terme, chose qui serait très néfaste à l’image du pays et qui ralentirait le développement du pays.

L’Afrique du Sud parviendra-t-elle à préserver sa richesse linguistique ? Il semble – comme le mentionnent plusieurs personnalités dont Breytenbach et Giliomee – que cela ne pourra se faire qu’en introduisant une part plus grande de fédéralisme. Chaque province pourrait alors – à l’instar du Québec ­imposer une politique linguistique qui viserait à réellement protéger et promouvoir une ou plusieurs de ses langues principales. Aujourd’hui, seule la province du Cap-Occidental applique partiellement une politique multilingue, cependant on peut espérer que d’autres provinces suivront son exemple. À défaut d’une telle orientation, le pays s’anglicisera sans doute encore et les autres langues, y compris l’afrikaans et les grandes langues bantoues, seront réduites à des patois sans utilité hors du cercle domestique.

Bibliographie

ALEXANDER, N. (2003), Politique linguistique éducative et identités nationales et infranationales en Afrique du Sud,  Strasbourg, Conseil de l’Europe.

BILL, L. B. (2009), The decline of academic bilingualism in South Africa: a case study, Language Policy, Dordrecht, Springer Pays-Bas.

GILIOMEE, H. (2009). The Afrikaners: Biography of a people, 2e édition,.Le Cap, Tafelberg.

GOUVERNEMENT SUD-AFRICAIN (s.d.), South Africa’s Coat of Arms, <http://www.info.gov.za/aboutgovt/symbols/coa/poster.pdf&gt;, Pretoria.

GOUVERNEMENT SUD-AFRICAIN (s.d.), South Africa Yearbook 2003-2004, Pretoria.

HENRARD, K (2001)., Language Rights and Minorities in South Africa,  dans International Journal on Multicultural Societies, vol. 3, No. 2, Paris, Unesco.

JOHNSON, R. (2009). South Africa’s Brave New World: The Beloved Country since the End of Apartheid. Londres: Allen Lane.

LECLERC, Jacques, (1989), La Guerre des langues dans l’affichage, Montréal, vlb éditeur

PLAISANT, F.-M. (2007), Langues et diplomatie, dans Géopolitique, n° 100, Paris, Technip.

RAIDT, E. H. (1985), Afrikaans en sy Europese Verlede, 2e édition, Goodwood,  Nasou Beperk.

ROTH, J. R. (2007), Une langue sans empire, dans Géopolitique, n° 100, Paris, Technip.

SIL (2005), Ethnologue, 15e édition, Dallas, SIL International.

STATISTIQUES AFRIQUE DU SUD, (2009), Mid-year population estimates 2009, <http://www.statssa.gov.za/publications/P0302/P03022009.PDF&gt;, Statistiek Suid-Afrika, Pretoria.

WEBB, V. (2002), Language in South Africa, The role of language in national transformation, reconstruction and development, Universiteit van Pretoria, Pretoria.


NOTES


[1] San est un mot « khoï » qui signifie « étranger ».

[2] La Première Guerre des Boers (1880-1881) s’est soldée par la  victoire de la république boer du Transvaal qui acceptait une tutelle théorique britannique. En 1884, la convention de Londres redonna sa pleine souveraineté au Transvaal.

[3] Giliomee, ouvrage cité, p. 335.

[4] http://www.law.wisc.edu/gls/cbsa2.pdf, Cité par Leclerc, ouvrage cité, page 117.

[5] Giliomee, ouvrage cité, p. 707.

[6] Giliomee, ouvrage cité, p. 707.

[10] ttps://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/sf.html#People

[11] P Smit, Die dinamiek van demografie, janvier 2010.

[12] P Smit, Die dinamiek van demografie, janvier 2010.

[13] Giliomee, ouvrage cité, p. 596

[17] Ethnologue, ouvrage cité, p. 187

[18] Webb, ouvrage cité, p. 72.

[19] Raidt, ouvrage cité, p. 167.

[20] Johnson, ouvrage cité, p.375.

[21] Johnson, ouvrage cité, p.375.

[22] Correspondance personnelle avec Mme Mpumi Sibiya.

[25] Johnson, ouvrage cité, p.376.

[26] Johnson, ouvrage cité, p.377.

[27] Johnson, ouvrage cité, p.378.

[28] Sarah Howie; Elsie Venter; Surette van Staden , The effect of multilingual policies on performance and progression in reading literacy in South African primary schools, Universiteit van Pretoria, 2008.

[34] Giliomee, ouvrage cité, p.293.

[35] Zietsman, P.H.(1992) Die taal is gans die volk. Pretoria: University of South Africa

[37] The Economist, numéro du 20 au 26 mars 2010. Chiffres : décembre 2009

[38] Johnson, ouvrage cité, p.375.

[41] Un Œil sur la planète, l’Afrique du Sud : le rêve de Mandela ? 8 mars 2010.

[48] Johnson, ouvrage cité, p. 381.

[49] Un Œil sur la planète, l’Afrique du Sud : le rêve de Mandela ? 8 mars 2010.

[51] P Smit, Die dinamiek van demografie, janvier 2010.

[56] Giliomee, ouvrage cité, p.700.

[57] Johnson, ouvrage cité, p.372.

[65] Collection personnelle de mon père

[66] Collection personnelle de mon père

[68] Johnson, ouvrage cité,  p.375.

[69] Johnson, ouvrage cité, p.371.

[71] Jean Laponce, Languages and their Territories (Toronto: University of Toronto, 1987), p.170 cité par Giliomee, p.697.

[72] Giliomee, 2003, p. 704

[73] Giliomee, 2003, p. 698

[75] Johnson, ouvrage cité, p.371.

[78] Giliomee, 2003, p. 699

[79] Voir par : http://beta.mnet.co.za/mnetvideo/browsevideo.aspx?ChannelId=4&vid=24712 sur le sort réservé à l’afrikaans dans les universités sud-africaines.

[82] Correspondance personnelle : Eerstejaarsinligting, TABK, Tygerbergers vir die behoud van Afrikaans in die klaskamer.

[86] Cape Times, 25 mai 2006.

[88] Giliomee, ouvrage cité, p.696.

[90] L’espérance de vie est passée de 62 ans en 1990 à 50 ans en 2007 http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportId=87211

[95] Giliomee, ouvrage cité, p.705.

[96] Giliomee, ouvrage cité, p. 644.

[98] Johnson, ouvrage cité, p. 370.

[101] http://www.beeld.com/Content/In-Diepte/Nuus/1979/b8e7a92340ad4b75b6709d507c853304/19-03-2010-08-54/Gee_ander_10_ook_%E2%80%99n_plek

[102] Correspondance privée avec la directrice de terminologie du Pan South African Language Board (Mariëtta Alberts)

Publié dans Uncategorized | Un commentaire

Les coûts de l’immigration cachés

Extraits d’un entretien avec la démographe Michèle Tribalat, directrice de recherche à l’INED, publié dans L’Express à l’occasion de la sortie de son livre Les Yeux grands fermés.

On chercherait donc à rassurer les Français en leur cachant les vrais chiffres de l’immigration ?

Pouvoirs publics, médias, experts n’inventent pas des chiffres, mais ils privilégient les instruments qui relativisent l’immigration et présentent ses effets sous un jour favorable ou, lorsque ce n’est pas possible, qui mettent les immigrés ou leurs descendants en position de victimes. Dans notre pays, on semble plus préoccupé par l’effet de l’information que l’on diffuse que par la réalité qu’elle recouvre. Un climat antiraciste joue, qui incite à la prudence: on cherche à éviter d’alimenter les craintes des Français et à améliorer leur opinion sur l’immigration. Dans notre époque mondialisée, l’immigration apparaît comme une fatalité. Autant la présenter sous un jour favorable.

Pourtant l’immigration est, selon de nombreux observateurs, utile à notre économie ?

C’est ce que l’on nous martèle de tous côtés, mais je n’ai pas lu beaucoup d’études traitant de la question en France. Cette insistance contraste avec le silence assourdissant qui a accueilli le rapport du CAE, silence qui montre le peu d’intérêt pour la réalité, ou tout au moins pour un diagnostic éclairé. Et les études qui sont disponibles, souvent réalisées aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, ne mettent pas en avant une augmentation décisive du produit intérieur brut [PIB] par habitant due à l’immigration. Que le PIB s’accroisse avec le nombre de travailleurs (au moins en période de croissance) n’est pas une grande nouvelle. Mais très peu semble revenir aux natifs et aux immigrés déjà présents.

Qu’en est-il des salaires ?

Les nombreuses études étrangères s’accordent généralement pour constater un effet négatif sur les plus bas salaires lorsque l’immigration est faiblement qualifiée. Les nouveaux immigrés entrent en concurrence avec les salariés peu qualifiés déjà présents, dont les immigrés, et font baisser les salaires. Une enquête britannique a testé l’effet de l’immigration récente de travailleurs des pays de l’Est, en particulier de travailleurs polonais. Ces immigrés étaient plutôt bien qualifiés mais se sont déclassés sur le marché du travail britannique et ont concurrencé les salariés les moins bien payés. En France, l’immigration n’est pas très qualifiée, un peu plus de 40 % de sans-diplôme dans le flux de 2006. Elle est, par ailleurs, très dépendante des liens familiaux tissés avec des étrangers. L’immigration familiale a changé : elle n’accompagne plus à distance, comme autrefois, le flux d’entrées de travailleurs. Elle comprend désormais des unions dites mixtes entre Français et étrangers, dans lesquelles le conjoint français est bien souvent d’origine étrangère. Ces unions ouvrent ainsi un droit à immigrer à un étranger qui vient du même pays que celui des parents de son conjoint français.

[Notons que, même au Canada où une partie de l’immigration est qualifiée, les bienfaits économiques d’une forte immigration sont remis en question par des instituts de recherche comme l’Institut Fraser pour qui l’immigration massive nuit au bien-être des Canadiens en général et les politiques d’immigration doivent être revues.]

Si l’immigration n’a que peu ou pas d’effets économiques, est-elle nécessaire pour l’équilibre démographique de la France, comme l’affirment certains de vos collègues ?

On entend effectivement souvent cet argument. Il provient d’un raisonnement purement quantitatif qui, poussé à l’extrême, nécessiterait des flux insoutenables. Tout dépend de la facilité de ces immigrés à occuper un emploi, emploi qui dépend lui-même de leur qualification. Cependant, toutes les études -souvent étrangères- concernant l’impact de l’immigration sur les finances publiques mettent l’accent sur un point : l’immigration, même qualifiée, ne pourra jamais rétablir à elle seule l’équilibre des finances publiques.

[Notons que, au Canada et selon le C.D. Howe Institute, l’immigration ne serait pas une solution miracle pour éviter une crise dans la vieillissement de la population active au pays. Voir Immigration et population vieillissante.]

[…]

Si, comme vous le dites, on reste dans le faux-semblant et le demi-mensonge, ne doit-on pas craindre une réaction violente de la population ?

Tout dépend de son degré d’irritation. Aux Pays-Bas, par exemple, nous avons assisté à l’émergence du phénomène Pim Fortuyn. On y a souvent vu une montée en puissance de l’extrême droite, alors que Paul M. Sniderman et Louk Hagendoorn [dans When Ways of Life Collide, Princeton University Press, 2007] ont montré que cela traduisait, en fait, un mécontentement surgi du cœur de la société. La réaction a touché des gens plutôt tolérants sur la question de l’immigration, qui n’avaient pas une vision négative de l’islam mais qui rejetaient certaines pratiques sociales des musulmans.


Débat sur France culture
Michèle Tribalat était invitée le jeudi 18 mars 2010 sur France Culture pour débattre du coût de l’immigration.

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Comédiens fonctionnaires dans un cégep : Baiiiiiisez… Aiiiiiimez… Trippppez…


Scène dans une cantine d’un cégep (deux dernières années du lycée en France).

Comédie musicale « spontanée » réalisée le 9 février 2010 au Cégep Marie-Victorin « afin de sensibiliser les jeunes sur la recrudescence des infections sexuellement transmissibles au Québec ».

La saynète se terminent quand des comédiens-fonctionnaires entonnent le refrain « Baiiiiiisez Aiiiiiimez Trippppez » tout en distribuant libéralement des préservatifs. Les valeurs québécoises dont se réclame MmeCouchesne ?

Il y a très probablement des mineurs dans la salle, inutile de dire que l’État-Nounou n’a pas demandé l’avis avant de procéder à ce petit office d’hédonisme « responsable ».

« Baiiiiiisez Aiiiiiimez Trippppez »

Extrait de Chlamydia au menu, version complète ici

Comme le souligne Carl Bergeron, voilà en tout cas une scène qui n’aurait pas juré dans le décor de L’Âge des ténèbres.

Publié dans Uncategorized | Un commentaire

Devoir sur l’immigration, correction idéologique ?

Il est évident que mon fils a commis des imprécisions, a choisi des formulations maladroites et a eu tendance à digresser. Toutefois, je ne pense pas que le fond de son travail soit si mauvais, j’ai plutôt l’impression que le correcteur (XXXXXXX) n’aimait pas les réponses sans qu’on sache où les points ont été enlevés (aucune notation séparée par questions).

J’ai donc trois griefs quant à cette correction :

1) i) Aucun barème n’est fourni pour les 5 questions. Combien de points mon fils a-t-il perdus par question, pour quelles raisons ?

2)i ii) Les griefs portent principalement sur des digressions maladroites qui sont, selon moi, discutables sur le fond, les commentaires du correcteur étant souvent trop catégoriques, se contentant parfois d’un simple « non » sans explication.

3) iii) Dans notre famille, nous éduquons notre fils à dire ce qu’il pense et tentons de corriger avec respect ses maladresses dans l’expression et dans le raisonnement. Le type de correction sévère et agacée qu’il vient de subir de la part de XXXXX l’encourage plutôt à occulter ses pensées dans ses devoirs et à reproduire ce qu’il sait politiquement correct sans trop réfléchir (c’est en fait assez facile, le corrigé type ne fait pas deux pages). Nous pensons que c’est un mauvais service rendu à l’éducation de notre fils. Le CNED nous avait habitués à plus de tact et de talent pédagogique.

Salutations respectueuses,

XXXXXX

I. Barème de correction

Pour le détail, permettez-moi de considérer la première question et plus particulièrement la première partie de celle-ci puisque la deuxième partie n’a sollicité aucune remarque de la part de XXXXX.

Question 1. Quels sont les pays d’Europe qui accueillent le plus grand nombre d’étrangers ? [2e partie de la question n’a pas suscité de commentaires]

Réponse de mon fils :

Les pays d’Europe qui accueillent le plus grand nombre d’étrangers sont les pays riches d’Europe de l’Ouest. Dans le cas du Royaume-Uni1 et de la France, les étrangers viennent surtout des anciennes colonies, l’immigration est ancienne dans ces deux pays. Les immigrants se dirigent aussi vers d’autres pays riches comme l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas selon le document 2. Enfin, les migrants restent de plus en plus souvent dans les pays de transit que sont l’Espagne, l’Italie et la Grèce.

Réponse proposée dans le corrigé type : «Les pays qui accueillent le plus grand nombre d’étrangers (chiffres bruts figurés en cercles proportionnels) sont l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.»

Critique du correcteur : «Il fallait les classer…

Allemagne, France, Royaume-Uni.

On parle d’ailleurs plutôt de pays développés.»

Mon commentaire

Il serait bon de mentionner dans la question qu’il faut classer les pays (les questions du CNED ne pèchent pas par un excès de précision). Quant à « pays développés », le corrigé à la question 2 dit « Ces pays sont attractifs, car ils sont riches et développés »…

Combien mon fils a-t-il eu de points pour cette question et sur combien de points au maximum ? La même question s’applique pour chacune des quatre autres questions.

II. Quelques remarques du correcteur

a. Naturalisation facile : « Une facilité toute relative… »

Mon fils parle du fait qu’il est facile d’obtenir la nationalité en Europe, le correcteur écrit dans la marge « Une facilité toute relative… »

Pourquoi ce commentaire ? Il me semble que l’acquisition par la naissance (en droit du sol) en permettant la double nationalité à la condition de résider dans le pays un certain temps (par exemple 5 ans à partir de 11 ans) est chose facile pour les enfants d’immigrés qui résident de fait dans le pays.

Un des oncles d’XXXXX est né en Afrique, il y a passé toute sa vie jusqu’à près de 25 ans, il n’a jamais pu obtenir sa naturalisation ou devenir citoyen du Botswana (son père et sa mère y vivent toujours), il parle setswana. Il a dû quitter le pays ne parvenant pas à se trouver un emploi (ils sont réservés en priorité aux nationaux et un jeune étranger sans expérience a peu de chance d’être plus qualifié qu’un national), il vit actuellement en Espagne.

Voir les pages 2 et 3 sur les conditions d’acquisition : «To avoid this result 5.4(1) has a proviso to the effect that a person shall not be a citizen of Botswana by birth if at the time of his birth he acquires the citizenship of another country by descent through his father.»

La grand-père d’XXXX étant YYYY, il transmet la nationalité yyyyy à la naissance, l’oncle d’XXXXX n’a donc pas pu obtenir la nationalité du Botswana.

Ça c’est nettement moins facile comme obtention de la nationalité par la naissance.

b. Regroupement familial : marginal ?

Mon fils écrivait qu’« En outre, le regroupement familial joue un grand rôle en introduisant les familles d’immigrés plus anciens. »

Le correcteur a noté : « Aujourd’hui son impact est marginal. »

Qu’est-ce qui permet au correcteur d’affirmer cela ? Au Québec (comme au Canada), près de 30 % de l’immigration est reliée au regroupement familial !

(http://www.micc.gouv.qc.ca/publications/fr/planification/0507-caracteristiques-immigration.pdf, page 11)

Pour la France, comme le suggère le correcteur, j’ai rapidement consulté les statistiques de l’INED :

http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/2465/telechargement_fichier_fr_thierryf.pdf

« En 2002, 84 000 personnes ont été admises à séjourner en France pour un motif familial (mineurs et majeurs ayant obtenu un titre attribué en raison de liens familiaux), contre 56 000 en 1999.»

«Au cours des années 1999-2001, le travail reste le premier motif d’entrée en France comme en Grande-Bretagne (respectivement 38 % et 31 %), devant les études (respectivement 27 % et 28 %), puis les raisons familiales (respectivement 20 % et 21 %)»

J’aimerais que le correcteur explique comment 20 % (mais en hausse, au moins en 2002) serait un chiffre marginal….

(Cela sans compter les mariages avec étrangers, 80 000 par an selon M. Besson, qui n’entrent pas en ligne de compte dans ces chiffres du regroupement familial).

La Documentation française (une source qui ne devrait pas hérisser la susceptibilité d’un correcteur objectif) donne un chiffre de plus en plus grand de personnes admises en France pour des raisons familiales (je sais que l’on peut ergoter entre «regroupement familial » strict et « raisons familiales » plus générale, mais faut-il le faire en 1re ES ?)

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/immigration/immigration-reguliere.shtml

«Les étrangers admis au séjour au titre des migrations familiales sont toujours les plus nombreux. En 2004, ce motif a concerné 102.619 personnes, soit 75 % des étrangers admis au séjour en France pour une durée d’au moins un an, après 100.150 en 2003 et 53.850 en 1999. On observe toutefois un ralentissement, confirmé en 2005, de l’augmentation des entrées pour ce motif. »

Jusqu’à quel point mon fils devra-t-il à l’avenir citer des sources quand il va à l’encontre du parti-pris du correcteur ? (Je rappelle que le document 4 ne permet pas vraiment de répondre à la question 2.)

c. Immigration vers l’Europe : pas massive ?

En marge de la question 3 et dans son appréciation générale, le correcteur s’est insurgé contre l’emploi des termes « immigration massive » par mon fils. Le correcteur dit par exemple dans son appréciation générale : « parler par exemple d’immigration massive c’est montrer que vous manquez de recul et de connaissances précises sur le sujet ».

Au lieu de corriger mon fils sur le fait que l’immigration subsaharienne est pour l’instant relativement limitée en Europe par rapport à l’immigration totale en Europe, le correcteur vise à rabaisser mon fils de manière peu constructive et discutable.

Car il s’agit à mon avis d’une simple confusion de la part de mon fils qui digresse ici et parle en général de l’immigration en Europe et elle est bien massive : «En 2005, le monde comptait 191 millions d’immigrés. 21% d’entre eux, soit près de 41 millions de personnes, résidaient dans l’Union européenne.» http://www.robert-schuman.eu/question_europe.php?num=qe-42

Pour ce qui est de l’immigration subsaharienne elle-même, selon le Conseil de l’Europe, les «migrations en provenance d’Afrique subsaharienne représentent aujourd’hui entre 3 et 8 millions de résidents en Europe, concentrés principalement dans 7 pays: Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni.» [je signale que les pays ne sont pas dans l’ordre croissant de population subsaharienne, voir reproche à la question 1]

http://assembly.coe.int/Mainf.asp?link=/Documents/WorkingDocs/Doc08/FDOC11526.htm

[Accessoirement, ce document parle également de « guerre et de famine » et de « pays riches », expressions par ailleurs reprochées à mon fils]

Mais à partir de quel chiffre le correcteur admettra-t-il le qualificatif « massif » sans houspiller un élève? Qu’est-ce qui le gêne dans le mot « massif » ? Je rappelle que l’Ined que conseille le correcteur n’hésite pas à dire au sujet du Brésil que « L’accroissement de sa population à la fin du XIXe siècle et dans les vingt premières années de ce siècle résulte d’une immigration européenne massive. Entre 1871 et 1920, s’installent 3,4 millions d’Européens, dont un tiers d’Italiens, 29 % de Portugais, 14 % d’Espagnols et 5 % d’Allemands. »

http://www.ined.fr/fichier/t_publication/71/publi_pdf1_pop_et_soc_francais_345.pdf

Donc 3,4 millions au Brésil est une immigration massive pour l’INED, mais un chiffre plus grand en Europe ne le serait pas pour le correcteur du Cned ? C’est bien cela ?

d. Les immigrés sont moins exigeants – «Ont-ils le choix ?»

Mon fils parlait des effets positifs de l’immigration pour certains secteurs économiques de l’Europe qui peuvent rester compétitifs en précisant au sujet des immigrants «qu’ils sont moins exigeants en matière de salaire ». Le correcteur ajoute « Ont-ils le choix ? »

Quelle importance d’un point de vue purement économique ? On a l’impression que le correcteur s’investit trop dans la correction. Il s’agissait ici d’une simple constatation. Le prix de la main d’œuvre baisse dans certains secteurs.

e. La difficulté croissante des immigrants à trouver un emploi

Mon fils a écrit « Mais les immigrants ont de plus en plus de difficultés à trouver un travail dans les pays d’Europe qui sont déjà touchés par le chômage, et de ce fait, ils aggravent le problème. » Le correcteur écrit « Sur quelles analyses vous fondez-vous pour avancer ce type d’argument ? »

Je connais mal la situation en Europe (surtout son évolution historique), mais mon fils m’a dit avoir basé cette extrapolation et appréciation hasardeuse sur la longue pièce jointe à son devoir et publiée par l’Institut Fraser (que le correcteur n’a manifestement pas lue, mais contre laquelle il met en garde mon fils en disant «Prenez garde aux sources que vous pouvez utiliser…»). Cette étude est confirmée par une autre de l’IRRP (au Québec) par Brahim Boudarbat et Maude Boulet portant sur la détérioration des salaires des nouveaux immigrants. Une étude récente de Statistiques Canada montrait également que si, en 1980, les nouveaux immigrants de sexe masculin qui avaient un revenu d’emploi gagnaient 85 cents pour chaque dollar de revenu d’emploi des hommes nés au Canada. En 2005, ils n’en gagnaient plus que 63. Chez les nouvelles immigrantes, les chiffres correspondants étaient de 85 cents et de 56 cents respectivement. Je signale que le chômage des nouveaux immigrants au Québec.

http://www.irpp.org/fr/choices/archive/vol13no7.pdf

http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/071029/dq071029a-fra.htm

Notez que le taux de chômage des immigrés au Canada est bien en augmentation :

« Twenty years ago, the unemployment rate among those immigrants who had arrived in Canada during the 1981 Census year was 17.4%, much higher than that of the Canadian-born population (7.9%). However, within five years in Canada, the immigrant unemployment rate had fallen to a level just below that of the Canadian-born population (7.1%). Fast forward 20 years, and things seem to have gotten worse, a lot worse.

The 2001 Census tells us those immigrants who have been in Canada for less than five months face an unemployment rate of roughly 30%. More troubling is that within a five year period, recent immigrants still have an unemployment rate significantly higher than that of the Canadian-born population (12.7% compared with 7.4%). Indeed, it now takes more than 10 years in Canada before the observed unemployment rate of immigrants falls to the level found among the Canadian-born population.»

http://www.clbc.ca/files/Reports/Fitting_In/Transition_Penalty_e-CLBC.pdf

La France (L’Europe) a-t-elle des statistiques qui se penchent sur ce genre de tendances ?

Mon fils extrapole donc à partir de la situation canadienne et confond peut-être chômage croissant et revenu en baisse toujours au Canada, mais est-ce une raison pour le correcteur de rabrouer mon fils qui a pris la peine de se pencher sur des documents comme celui qu’il a transmis en pièce jointe pour justifier certaines de ces allégations ? Est-ce que le correcteur propose quelque chose pour indiquer que le taux de chômage des immigrés récents ou leur salaire s’améliorent par rapport à ceux des gens nés en Europe ? Car on dit que la population globale de l’Europe augmente grâce à l’immigration (ce qui pallierait à son déclin démographique), sa richesse absolue augmenterait donc aussi et que c’est un avantage, mais qu’en est-il de sa richesse relative par tête d’habitant si ces immigrés ont comparativement, comme au Canada, un revenu moyen en baisse ?


f. Troubles sociaux, cohésion sociale et immigration

Enfin, ce qui semble avoir causé l’ire du correcteur. Celui y revient dans son appréciation générale : « établir un lien direct entre troubles sociaux et immigration manque de rigueur sur le plan scientifique… »

Le correcteur fait référence à plusieurs passages où mon fils affirmait : « Certains pensent que l’immigration peut encourager la diversité et que celle-ci ne peut être que bénéfique. Mais les troubles sociaux récents semblent prouver le contraire. Il semble que l’immigration ait plutôt tendance à troubler la cohésion de la nation.»

On notera les « semble ». Mon fils ne dit pas que les troubles sociaux sont automatiques dans un pays où vivent des immigrés, mais que les bénéfices ne sont pas automatiques (« ne peut être que bénéfique »). Le correcteur veut-il nier qu’il y ait, par exemple, un lien entre les troubles sociaux des zones sensibles en France et l’immigration ? Qu’est-ce qui l’insupporte à ce point dans ce rappel ? Il ne s’agit pas de blâmer les immigrés, mais de constater la non-automaticité des bénéfices de la « diversité ». Les causes de ce malaise et de ces émeutes peuvent être multiples : économique, sociale, culturelle, le « racisme des Français» (ou des Suédois de Malmö), il n’en demeure pas moins que l’immigration peut entamer la cohésion sociale et peut entraîner des troubles sociaux comme c’est le cas en Europe. La diversité n’est pas que bénéfique par définition, quels que soient les préjugés du correcteur.

Je signale que mon fils n’est pas le seul à penser que la cohésion sociale est fragilisée (à court terme) par une diversité accrue, c’est aussi le cas d’un politologue (« libéral » dans le sens américain) comme Robert D. Putnam : « Ethnic diversity is increasing in most advanced countries, driven mostly by sharp increases in immigration. In the long run immigration and diversity are likely to have important cultural, economic, fiscal, and developmental benefits. In the short run, however, immigration and ethnic diversity tend to reduce social solidarity and social capital. New evidence from the US suggests that in ethnically diverse neighbourhoods residents of all races tend to ‘hunker down’. Trust (even of one’s own race) is lower, altruism and community cooperation rarer, friends fewer.»

http://www3.interscience.wiley.com/journal/118510920/abstract?CRETRY=1&SRETRY=0

Il a fait une étude assez exhaustive du sujet. Quelle note lui donnerait le correcteur de mon fils ?

Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

La sociologue Joëlle Quérin chez Paul Arcand au sujet du cours ECR

La sociologue Joëlle Quérin discute de l’aspect idéologique du cours d’éthique et de culture religieuse.

Chronique intéressante de Richard Martineau sur le cours gouvernemental d’éthique et de culture religieuse imposé à tous les enfants du Québec pendant leur scolarité.

Depuis son implantation dans les écoles québécoises en septembre 2008, le cours d’éthique et de culture religieuse a fait couler beaucoup d’encre.

On dit qu’il viole la liberté de religion des parents catholiques, qu’il gomme nos traditions, qu’il relativise notre héritage culturel en mettant toutes les croyances sur un même pied d’égalité…

VIVE LA CHARTE DES DROITS !

Selon Joëlle Quérin, sociologue et chercheuse associée à l’Institut de recherche sur le Québec, un think tank qui s’intéresse aux questions liées à l’identité québécoise, le cours d’éthique et de culture religieuse n’est rien d’autre qu’un cours d’accommodements raisonnables 101.

Il a été mis sur pied pour « rééduquer » le peuple québécois, rendre les enfants plus « accommodants » et nous enfoncer le multiculturalisme à la Trudeau dans la gorge…

Dans une étude qui risque de faire beaucoup de vagues, madame Quérin affirme que le but du cours d’éthique et de culture religieuse est de montrer aux jeunes Québécois que toutes les conceptions de la vie s’équivalent et que la seule chose qui nous unit, au-delà de nos différences, c’est la Charte des droits et libertés.

UNE NATION CIVIQUE

« Il s’agit de dire aux enfants qu’ils sont tous Québécois et qu’être Québécois signifie tout simplement de respecter la Charte québécoise des droits et libertés, dit Joëlle Quérin. Aussi bien qualifier de Québécois tous les touristes qui, durant leur séjour, n’enfreindront pas la Charte ! Sous prétexte de rassembler les élèves en leur enseignant les fondements de notre culture commune, le cours d’éthique et de culture religieuse consacre une conception du Québec comme nation strictement civique, définie non pas à partir de son histoire et de ses spécificités culturelles, mais uniquement à partir de sa Charte… »

Bref, selon ce cours, il n’y aurait pas de culture spécifiquement québécoise. Il n’y aurait qu’une série de lois, point.

Comme si on résumait la culture italienne aux règlements que l’on trouve dans le Code criminel de l’Italie!

UN OUTIL DE PROPAGANDE

Pour Joëlle Quérin, le cours d’éthique et de culture religieuse n’apprend aucune connaissance spécifique aux enfants.

« Tout comme l’enseignement de l’histoire, qui a été délesté des connaissances factuelles de type encyclopédique pour servir uniquement à discuter des enjeux d’actualité dans le cadre de l’éducation à la citoyenneté, le cours d’éthique et de culture religieuse abandonne complètement les connaissances pour se consacrer exclusivement à la promotion du multiculturalisme, rebaptisé pluralisme. »

Bref, ce n’est pas un cours destiné à apprendre aux enfants l’histoire des autres religions, c’est un outil de propagande destiné à vendre les vertus du multiculturalisme à la Bouchard-Taylor.

Comme l’écrit madame Quérin : « Après avoir suivi le cours d’éthique et de culture religieuse pendant dix ans, les élèves n’auront pas de grandes connaissances sur les religions, mais une chose est sûre, aucun accommodement ne leur paraîtra déraisonnable ! »

PAS LE DROIT DE CRITIQUER

Alors que dans la population, plusieurs personnes ont critiqué le port de l’hijab au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes et ont reproché au kirpan d’être un symbole de violence qui n’a pas sa place dans les écoles, le cours d’éthique et de culture religieuse refuse aux élèves le droit de tenir un tel discours.

« Le programme doit inculquer le respect absolu de toute position religieuse », dit Joëlle Quérin.

Bonjour l’esprit critique !

Publié dans Uncategorized | Un commentaire

Radio-Canada parlait du Climategate avec un expert

Faible empreinte carbone = âge des cavernes

« Y a quelque chose qui cloche. Notre air est propre,
notre eau est pure. Nous faisons beaucoup d’exercice,
nous mangeons bio, notre empreinte carbone est minime,
pourtant nous mourrons avant 30 ans. »

Publié dans Uncategorized | Un commentaire