Mandela un simple intermède, pas le plus emblématique de l’Afrique du Sud actuelle

Mark Steyn sur Mandela :

S’il n’est pas certain que Nelson Mandela ait été la figure emblématique de la nouvelle Afrique du Sud, son service commémoratif le fut certainement. On a ainsi appris quelques jours plus tard que Thamsanqa Jantjie, l’aimable et hilarant faux interprète en langage des signes qui se tenait aux côtés du président Obama et qui gesticulait absurdement à la grande joie de tous était en fait un personnage bien plus sombre. Un violent schizophrène accusé par le passé de cambriolage, de viol, d’enlèvement et d’assassinat, il a également fait partie d’une bande qui administrait le « supplice du pneu », ce supplice qui consiste à mettre un pneu autour du cou d’une victime et à y mettre le feu avec de l’essence.

Néanmoins, M. Jantjie illustrait bien l’aspect chaotique des services de sécurité du gouvernement sud-africain. [De nombreux chroniqueurs se sont penchés sur Mandela, pour la majorité de ceux-ci il était un grand homme.] La vérité c’est que beaucoup de choses ne fonctionnent tout simplement plus en Afrique du Sud. Tout aussi éloquent que le passé criminel et violent de M. Jantjie, le fait que le procureur général sud-africain ne peut affirmer de manière sûre de quelles infractions M. Jantjie a été reconnu coupable et pour le seul crime pour lequel il semble définitivement avoir été condamné, si, en fait, il a purgé sa peine.

Les premiers ministres du Commonwealth en 1944,
Churchill au milieu. Jan Smuts, debout en uniforme.
Mackenzie King du Canada, assis à gauche.
 

Avant les funérailles de Mandela, le dernier enterrement sud-africain à avoir attiré autant l’attention internationale fut celui du maréchal Smuts, le plus célèbre fils de l’Afrique du Sud de la période pré-apartheid et le seul homme à avoir signé un traité mettant fin à la Première Guerre mondiale et celui mettant fin à la Seconde Guerre mondiale. C’est un homme d’État désormais oublié, mais il fut longtemps le seul Sud-Africain à avoir sa statue sur la place du Parlement à Westminster jusqu’à ce qu’on y place une statue de Mandela. Ses funérailles en 1950 ont attiré un nombre comparable de spectateurs, peut-être même supérieur, à ceux de Soweto. Smuts aurait été étonné par le chaos et par l’indiscipline qui accompagnèrent l’adieu fait à Mandela soixante ans plus tard. Il aurait tenu pour acquis que l’Afrique du Sud était une nation développée du « premier monde », du même rang que les autres dominions comme le Canada et l’Australie. Ce qui sépare ces deux enterrements est, d’un côté, un progrès racial et, sur tous les autres plans, un déclin rapide.

Depuis les années 1990, l’espérance de vie a chuté en Afrique du Sud pour revenir au niveau des années Jan Smuts. L’Afrique du Sud est devenue la capitale mondiale des assassinats, avec près de 50 homicides par jour. Dans une enquête de 2011, une femme sur trois avait affirmé qu’elle avait été violée l’année précédente. L’actuel président de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma, a été accusé d’avoir violé une femme séropositive, mais il a répondu qu’il avait pris une douche juste après pour « réduire le risque de contracter la maladie ». C’est l’un des traitements auto-administrés les plus rationnels. Les compatriotes de M. Zuma pensent généralement qu’avoir des relations sexuelles avec une vierge vous guérit du SIDA. Étant donné la raréfaction des vierges sur le terrain, cette croyance a conduit à une épidémie de viols d’enfants avec des victimes parfois âgées d’à peine huit mois.

Modeste maison de Jan Smuts (sans protection spéciale) à Doornkloof près de Prétoria

Bien sûr, on ne peut blâmer Mandela pour tout cela, ni même la plupart de cela. Dans un sens, sa présidence montre bien les limites de la théorie du grand homme dans l’histoire. Son prédécesseur, F.W. De Klerk, dernier président blanc d’Afrique du Sud, était aussi un grand et généreux homme qui a compris que le régime qu’il avait servi toute sa vie ne pouvait durer. Pourtant, avec le recul des années, il me semble que la camaraderie entre De Klerk et Mandela symbolise moins la nouvelle Afrique du Sud que leurs épouses respectives. Marike De Klerk finira assassinée ; Winnie Mandela pour sa part organisera de multiples assassinats — ou, en tout cas, c’est ce que la Commission Vérité et Réconciliation déterminera. Aucun de ces rôles n’est habituel pour une première dame américaine, pas plus qu’ils ne l’auraient été à l’époque de Smuts. Mme De Klerk a été poignardée et étranglée en 2001 par une domestique — juste un de ces 50 meurtres par jour, sans motif, rien n’a été volé. Elle a été tuée parce que c’est juste comme cela en Afrique du Sud aujourd’hui.

Maison de Mandela à Houghton près de Johannesbourg
(avec la sécurité nécessaire aujourd’hui.)

À la nouvelle de sa mort, Winnie Mandela s’est exclamée : « En tant que femme, je peux m’identifier à l’épuisement de ses ressources émotionnelles dans l’élaboration de la carrière de son ex-mari. » C’est une façon de voir les choses. Mme Mandela a fait face à son propre épuisement émotionnel en s’assurant que ses gardes du corps enlèvent Stompie Moeketsi, âgé de 14 ans, parce qu’elle le soupçonnait d’être un informateur. Ses sbires l’égorgèrent ensuite et jetèrent sa dépouille en rase campagne. Sa contribution la plus célèbre au dictionnaire des citations est une défense du « supplice du pneu » dont nous avons déjà parlé, torture infligée à d’autres noirs : « Nous libérerons ce pays avec nos boîtes d’allumettes et nos pneus ».

En fin de compte, elle n’en a jamais eu le temps. La guerre froide prit fin, Moscou était trop distrait par ses problèmes intérieurs pour penser à subvertir l’Afrique du Sud comme il l’avait fait ailleurs en Afrique. Et puis, Mandela était courtois, digne et satisfait de poursuivre lui et l’ANC la politique de capitalisme de copinage de l’ancien Parti national. Voilà vingt ans que l’Afrique du Sud actuelle vit du capital accumulé lors de son passé raciste, alors même que tous les indicateurs sociaux plongent inexorablement et qu’un cinquième de la population blanche a fui.

Vaste propriété de Jacob Zuma, le président actuel, à Nkandla avec clôtures multiples.

Jan Smuts et Nelson Mandela ne se sont rencontrés qu’une fois, quand le général est venu au collège où étudiait de Mandela pour défendre la cause de la Grande-Bretagne dans la guerre qui l’opposait à l’Allemagne. Smuts avait combattu pendant la guerre des Boers contre la Grande-Bretagne. Lui et ses camarades s’étaient farouchement accrochés à leur identité [d’Afrikaners/de Boers] pendant l’anglicisation forcée qui avait suivi leur défaite militaire. Ils seraient bien étonnés de voir à quelle vitesse une des plus tenaces cultures au monde [celle des Afrikaners] a pu être balayée [l’afrikaans est menacé en Afrique du Sud, voir ici et . Pour des raisons de cohésion sociale, certains — et non des moindres — revendiquent que l’école ne se fasse plus qu’en anglais]. La présidence bénigne de Mandela des années 1990 ressemble à un simple intermède. L’Afrique du Sud se désintègre et ce qui en reste ne prend en rien un bon chemin.

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